J'ai peur.
Voilà les premiers mots qui me viennent à l'esprit quand je pense à toi. J'ai peur d'avoir tout gâché, peur de t'avoir perdu, peur d'espérer pour rien. J'aimerais ne plus y croire, ne plus espérer, mais je n'y arrive pas. C'est plus fort que moi.
Je ne sais pas quoi faire, l'attente me torture l'esprit submergé par ta présence. Je ne sais pas ce que tu penses de moi, j'aimerais tellement savoir ce qu'il se passe dans ta tête. Ce qu'il se passe dans ton cœur. Ce qu'il se passe par rapport à moi.

Il a fallu que tu sois là vendredi pour enflammer l'espoir que j'essayais tant de dissimuler sous les cendres. Cela peut signifier tout ou rien, un signe ou non, une réponse à mes demandes peut-être. Le fait est que tu étais là.
Je repense à ce moment là. Quand j'ai réalisé que tu étais là. Parce-que je n'ai pas de suite associé ta présence à ta voix, mais quand j'ai compris, il y a eu comme un arrêt dans le temps. "Tu ne devais pas être à l'autre agence aujourd'hui ?" En l'espace d'une seconde, d'une seule phrase, mon cœur a du rater un battement, mon thé ne me donnait plus envie et je tremblais comme une feuille. J'aurais voulu rester en bas une éternité, le temps de me préparer à te revoir mais malheureusement je n'avais pas ce temps à ma disposition. Je me suis regardée une dernière fois dans le miroir, le ventre douloureux et j'ai respiré un grand coup. J'ai monté les marches et je t'ai vu à travers cette vitre. Je ne sais plus si tu m'as dit bonjour ou non. En tout cas je me rappelle de ton regard qui m'a littéralement pétrifié. Un regard sombre qui semblait déborder de haine. J'essayais de te rendre la pareil, mais mes mains tremblaient inlassablement. Je me suis éloignée.
Ainsi, nous nous sommes pas parlé de la journée, les mots ne sortaient pas. Je voulais que tu me parles, qu'on se parle mais rien, un silence et une distance étouffante. Je n'arrivais pas à te parler, ou même à te regarder, je ne savais pas quoi faire. Une seule fois j'ai osé lever les yeux, et tu as répondu à cela d'un sourire purement hypocrite. J'ai fait de même.

Tu étais là, tu étais enfin là et pourtant tu aurais voulu ne jamais me revoir. Je pense avoir senti ton regard quelques petites fois le midi, quand nous avons mangé ensemble et que je parlais aux gens autour de moi, mais je ne peux le confirmer. Sinon, lorsque tu passais devant moi, tu m'ignorais allègrement, et je faisais de même car je ne savais pas quoi faire. Une seule fois tu t'es retourné, vers la fin de la journée, quand ma mère a dit que j'avais un rencard ce soir là. J'ai eu l'impression que cette fois là tu t'es trahis, et cette idée me fait légèrement sourire, mais encore une fois comment le confirmer. Peut-être que je me fais des films. Je n'en sais rien.

En tout cas tu étais là, tu m'as vu une dernière fois juste avant tes vacances. Et maintenant tu reste dans ma tête, et je compte les jours, impatiente. Ce temps est peut-être nécessaire, mais avant que cela se confirme j'ai peur. Peur qu'il ne se passe finalement rien. Pourtant j'aimerais qu'il se passe quelque chose, j'aimerais que tu reviennes, j'aimerais que tu sois de nouveau là. Je ne sais pas si je t'ai blessé, je ne sais pas si je suis allée trop loin - sûrement, mais je ne sais pas comment te dire désolée.
Il faut que je fasse confiance au temps, confiance à l'espoir. Je pense que dans la vie rien n'arrive par hasard. J'étais censée ne jamais te revoir, j'étais censée partir à l'étranger et toi aussi. Tu n'étais pas censée compter autant, j'ai réagis par peur, par méfiance, parce-que tu n'étais pas censé rester. Mais tu es là, je suis là, et les choses ont complètement changé. Et tout me ramène vers toi, inlassablement vers toi.
J'ai énormément de mal à m'avouer mes envies, mes rêves, mes désirs, alors j'essaye de me forcer et de les écrire : je veux que ça marche. Et ça marchera, parce-que tu étais là vendredi. Parce-qu'on s'est revu, moi qui ne revois jamais personne. Tu étais là et ce n'était pas pour rien. Je laisse le temps au temps, je respire un grand coup et je relâche tout ça.

Je t'en supplies, écoute ton cœur, écoute tes désirs, je te promets que je ne suis pas une mauvaise personne. Tu connais une grande partie de moi, ne me le fais pas regretter. Ne me déteste pas, et surtout arrête de persister avec ton passé, toi qui veut avancer. Suis ton cœur, même si je te l'ai peut-être blessé.

Je lâche prise. Fin de note. Respire et relâche.