Nom de naissance Frantz Fanon
Alias Ibrahim Frantz Fanon
Naissance 20 juillet 1925 ,Fort-de-France (Martinique), France
DĂ©cĂšs 6 dĂ©cembre 1961 (Ă  36 ans) , Bethesda (Maryland), États-Unis
Activité principale Philosophe, écrivain, sociologue, psychologue, penseur, psychiatre, Auteur
Langue d’écriture Français
Genres Progressisme, post-colonialisme
Adjectifs dérivés fanonien
ƒuvres principales
- Peau noire, masques blancs
- Les Damnés de la Terre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Frantz_Fanon

Ibrahim Frantz Fanon, nĂ© Frantz Fanon le 20 juillet 1925 Ă  Fort-de-France (Martinique) et mort le 6 dĂ©cembre 1961 Ă  Bethesda dans un hĂŽpital militaire de la banlieue de Washington aux États-Unis, est un psychiatre et essayiste français fortement impliquĂ© dans la lutte pour l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie et dans un combat international dressant une solidaritĂ© entre « frĂšres » opprimĂ©s.

Il est l'un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste.

Durant toute sa vie, il cherche à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation à la fois sur le colon et sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus, il analyse le processus de décolonisation sous les angles sociologiques, philosophiques et psychiatriques. Il a également écrit des articles importants dans sa discipline, la psychiatrie.

Période française
Frantz Fanon, nĂ© Ă  Fort-de-France en Martinique, est le cinquiĂšme enfant d’une famille mĂ©tissĂ©e (afro-caribĂ©enne) de huit personnes. Il reçoit son instruction au lycĂ©e Victor-SchƓlcher de Fort-de-France, oĂč AimĂ© CĂ©saire enseigne Ă  l’époque.

En 1943, il s'engage dans l'ArmĂ©e française de la LibĂ©ration aprĂšs le ralliement des Antilles françaises au gĂ©nĂ©ral de Gaulle. Il explique ce choix par le fait que « chaque fois que la libertĂ© et la dignitĂ© de l’homme sont en question, nous sommes tous concernĂ©s, Blancs, Noirs ou jaunes ». Combattant sous les ordres du gĂ©nĂ©ral de Lattre de Tassigny, il est blessĂ© dans les Vosges. Parti se battre pour un idĂ©al, il est confrontĂ© Ă  « la discrimination ethnique, Ă  des nationalismes au petit pied ». Toujours membre de l'armĂ©e française, il est ensuite envoyĂ© quelques semaines en AlgĂ©rie, qui sont pour lui l'occasion d'observer la structure de la sociĂ©tĂ© coloniale qu'il conçoit comme « pyramidale » (colons riches, petits-blancs, juifs, indigĂšnes Ă©voluĂ©s, masse du peuple) et intrinsĂšquement raciste.

De retour en Martinique, oĂč il passe le baccalaurĂ©at, il s'engage avec son frĂšre Joby dans le soutien Ă  la candidature d'AimĂ© CĂ©saire qui se prĂ©sente pour le Parti communiste français aux Ă©lections lĂ©gislatives d'octobre 1945. Ayant reçu une citation par le gĂ©nĂ©ral Salan, il obtient une bourse d'enseignement supĂ©rieur au titre d'ancien combattant, ce qui lui permet de faire des Ă©tudes de mĂ©decine en France mĂ©tropolitaine, tout en suivant des leçons de philosophie et de psychologie Ă  l'universitĂ© de Lyon, notamment celles de Maurice Merleau-Ponty. Sur le plan politique, il dirige le journal Ă©tudiant Tam-Tam et participe Ă  diffĂ©rentes mobilisations anticolonialistes avec les Jeunesses communistes, dont il n'est cependant pas membre.

De son expérience de noir minoritaire au sein de la société française et de ses observations en Algérie, il rédige Peau noire, masques blancs, dénonciation du racisme et de la « colonisation linguistique » dont il est l'une des victimes en Martinique. Ce livre est mal perçu à sa publication en 1952. Frantz Fanon évoquera à de multiples reprises le racisme dont il se sent victime dans les milieux intellectuels parisiens, affirmant ainsi « le Sud américain est pour le nÚgre un doux pays à cÎté des cafés de Saint-Germain ».

Période algérienne

Analyse des effets de la colonisation
En 1953, il devient mĂ©decin-chef d'une division de l'hĂŽpital psychiatrique de Blida-Joinville en AlgĂ©rie et y introduit des mĂ©thodes modernes de « sociothĂ©rapie » ou « psychothĂ©rapie institutionnelle », qu'il adapte Ă  la culture des patients musulmans algĂ©riens ; ce travail sera explicitĂ© dans la thĂšse de son Ă©lĂšve le futur psychiatre et psychanalyste Jacques Azoulay. Il entreprend ensuite, avec ses internes, une exploration des mythes et rites traditionnels de la culture algĂ©rienne. Sa volontĂ© de dĂ©saliĂ©nation et dĂ©colonisation du milieu psychiatrique algĂ©rien s'oppose de front aux thĂšses de l'École algĂ©rienne de psychiatrie d'Antoine Porot : « HĂąbleur, menteur, voleur et fainĂ©ant, le Nord-Africain musulman se dĂ©finit comme un dĂ©bile hystĂ©rique, sujet, de surcroĂźt, Ă  des impulsions homicides imprĂ©visibles ». "L’indigĂšne nord-africain, dont le cortex cĂ©rĂ©bral est peu Ă©voluĂ©, est un ĂȘtre primitif dont la vie essentiellement vĂ©gĂ©tative et instinctive est surtout rĂ©glĂ©e par le diencĂ©phale". « L’AlgĂ©rien n’a pas de cortex, ou, pour ĂȘtre plus prĂ©cis, il est dominĂ©, comme chez les vertĂ©brĂ©s infĂ©rieurs, par l’activitĂ© du diencĂ©phale ».

Pour Fanon, c'est bien plutĂŽt la colonisation qui entraĂźne une dĂ©personnalisation, qui fait de l'homme colonisĂ© un ĂȘtre « infantilisĂ©, opprimĂ©, rejetĂ©, dĂ©shumanisĂ©, acculturĂ©, aliĂ©nĂ© », propre Ă  ĂȘtre pris en charge par l'autoritĂ© colonisatrice.

« La premiĂšre chose que l’indigĂšne apprend, c’est Ă  rester Ă  sa place, Ă  ne pas dĂ©passer les limites ; c’est pourquoi les rĂȘves de l’indigĂšne sont des rĂȘves musculaires, des rĂȘves d’action, des rĂȘves agressifs. Je rĂȘve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rĂȘve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambĂ©e, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisĂ© n’arrĂȘte pas de se libĂ©rer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivitĂ© sĂ©dimentĂ©e dans ses muscles, le colonisĂ© va d’abord la manifester contre les siens. C’est la pĂ©riode oĂč les nĂšgres se bouffent entre eux et oĂč les policiers, les juges d’instruction ne savent plus oĂč donner de la tĂȘte devant l’étonnante criminalitĂ© nord-africaine. »

Aux cÎtés du FLN
DÚs le début de la guerre d'Algérie, en 1954, il s'engage auprÚs de la résistance nationaliste et noue des contacts avec certains officiers de l'Armée de libération nationale ainsi qu'avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il remet au gouverneur Robert Lacoste sa démission de médecin-chef de l'hÎpital de Blida-Joinville en novembre 1956 puis est expulsé d'Algérie en janvier 1957.

Il dĂ©cide de rompre avec sa nationalitĂ© française et se dĂ©finit comme AlgĂ©rien. Il rejoint le FLN Ă  Tunis, oĂč il collabore Ă  l'organe central de presse du FLN, El Moudjahid comme spĂ©cialiste des problĂšmes de torture parce qu'il avait soignĂ© plusieurs tortionnaires comme psychiatre Ă  l'hĂŽpital de Blida. En 1958, il se fait Ă©tablir un vrai faux-passeport tunisien au nom d'Ibrahim Omar Fanon. En 1959, il fait partie de la dĂ©lĂ©gation algĂ©rienne au congrĂšs panafricain d'Accra ; il publie la mĂȘme annĂ©e L'An V de la rĂ©volution algĂ©rienne publiĂ© par François Maspero. En mars 1960, il est nommĂ© ambassadeur du Gouvernement provisoire de la RĂ©publique algĂ©rienne au Ghana. Il Ă©chappe durant cette pĂ©riode Ă  plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Il entame Ă  la mĂȘme Ă©poque l'Ă©tude du Coran, sans pour autant se convertir.

TrĂšs critique sur les dirigeants africains ralliĂ©s Ă  la CommunautĂ© française (association entre la France et ses colonies), il s’interroge sur les causes de l’attitude des bourgeoisies nationales devant le systĂšme colonial. Selon lui, le colonialisme façonne au sein de la sociĂ©tĂ© indigĂšne une classe de nature bourgeoise en raison de ses privilĂšges matĂ©riels mais qui n'aurait aucun rĂŽle Ă©conomique (pas de "capitaines d'industrie") et serait confinĂ©e Ă  des activitĂ©s de types intermĂ©diaires. Elle se trouve dĂšs lors uniquement dĂ©diĂ©e Ă  la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts du colonialisme. Ainsi, au moment de concĂ©der l’indĂ©pendance, les puissances coloniales transmettent le pouvoir Ă  des bourgeoisies asservies qui prennent le rĂŽle de « gĂ©rantes des entreprises de l'occident ». Pour lui, la dĂ©colonisation ne serait effective dans ces pays que sur le plan culturel (retour aux anciennes traditions) alors que le colonialisme se maintiendrait sur le plan Ă©conomique.

Il considÚre par ailleurs que l'indépendance nationale n'a de sens qu'en intégrant les questions sociales, qui déterminent ce qu'il nomme le « degré de réalité » de cette indépendance (accÚs au pain, à la terre, au pouvoir pour les classes populaires). Cette approche le conduit à associer l'indépendance au socialisme, qu'il définit comme un « régime tout entier tourné vers l'ensemble du peuple, basé sur le principe que l'homme est le bien le plus précieux ». Il milite également en faveur du panafricanisme et de l'internationalisation de la lutte algérienne.

La rencontre avec Sartre
DĂšs ses premiers Ă©crits, Fanon ne cesse de se rĂ©fĂ©rer au philosophe Jean-Paul Sartre (notamment Ă  RĂ©flexions sur la question juive, OrphĂ©e noir, et L'Être et le NĂ©ant). À la publication de la Critique de la raison dialectique (1960), il se fait envoyer une copie de l'ouvrage et il parvient Ă  le lire malgrĂ© son Ă©tat de faiblesse provoquĂ© par sa leucĂ©mie. Il fait mĂȘme une confĂ©rence sur la Critique de la raison dialectique aux combattants algĂ©riens de l'ArmĂ©e de libĂ©ration nationale.

C'est en 1960 qu'il demande à Claude Lanzmann et Marcel Péju, venus à Tunis pour parler au dirigeant du GPRA, de rencontrer le philosophe. Il veut également que Sartre préface son dernier ouvrage, Les Damnés de la Terre. Ainsi écrit-il à l'éditeur François Maspéro : « Demandez à Sartre de me préfacer. Dites-lui que chaque fois que je me mets à ma table, je pense à lui ».

La rencontre a lieu Ă  Rome, pendant l'Ă©tĂ© 1961. Sartre interrompt son strict rĂ©gime de travail pour passer trois jours entiers Ă  parler avec Fanon. Comme le raconte Claude Lanzmann, « pendant trois jours, Sartre n’a pas travaillĂ©. Nous avons Ă©coutĂ© Fanon pendant trois jours. [
] Ce furent trois journĂ©es Ă©reintantes, physiquement et Ă©motionnellement. Je n’ai jamais vu Sartre aussi sĂ©duit et bouleversĂ© par un homme 6. L'admiration est rĂ©ciproque, comme le rapporte Simone de Beauvoir : « Fanon avait Ă©normĂ©ment de choses Ă  dire Ă  Sartre et de questions Ă  lui poser. « Je paierais vingt mille francs par jour pour parler avec Sartre du matin au soir pendant quinze jours », dit-il en riant Ă  Lanzmann ».

La mort de Fanon
Atteint d'une leucĂ©mie, il se fait soigner Ă  Moscou, puis, en octobre 1961, Ă  Bethesda prĂšs de Washington, oĂč il meurt le 6 dĂ©cembre 1961 Ă  l'Ăąge de 36 ans, quelques mois avant l’indĂ©pendance algĂ©rienne, sous le nom d'Ibrahim Omar Fanon. Dans une lettre laissĂ©e Ă  ses amis, il demandera Ă  ĂȘtre inhumĂ© en AlgĂ©rie. Son corps est transfĂ©rĂ© Ă  Tunis, et sera transportĂ© par une dĂ©lĂ©gation du GPRA Ă  la frontiĂšre. Son corps sera inhumĂ© par Chadli Bendjedid, futur prĂ©sident algĂ©rien, dans le cimetiĂšre de Sifana prĂšs de Sidi Trad, du cĂŽtĂ© algĂ©rien. Avec lui, sont inhumĂ©s trois de ses ouvrages : "Peau noire, masques blancs", "L'an V de la rĂ©volution algĂ©rienne" et "Les DamnĂ©s de la terre". Sa dĂ©pouille sera transfĂ©rĂ©e en 1965, et inhumĂ©e au cimetiĂšre des « Chouhadas » (cimetiĂšre des martyrs de la guerre) prĂšs de la frontiĂšre algĂ©ro-tunisienne, dans la commune d'AĂŻn Kerma (wilaya d'El-Tarf).

Il laisse derriÚre lui son épouse, Marie-JosÚphe Dublé, dite Josie (morte le 13 juillet 1989 et inhumée au cimetiÚre d'El Kettar au centre d'Alger), et deux enfants : Olivier, né en 1955, et Mireille, qui épousera Bernard MendÚs France (fils de Pierre MendÚs France).

En hommage Ă  son travail en psychiatrie et Ă  son soutien Ă  la cause algĂ©rienne, trois hĂŽpitaux en AlgĂ©rie, l'hĂŽpital psychiatrique de Blida, oĂč il a travaillĂ©, un des hĂŽpitaux de BĂ©jaĂŻa et un hĂŽpital Ă  Annaba , portent son nom.

L'amnésie française et la reconnaissance tardive
Selon sa biographe, Alice Cherki, Fanon devient en France, « le pays pour lequel la guerre d'AlgĂ©rie n'a pas eu lieu », « un philosophe maudit ». Il est occultĂ© pour sa condamnation radicale du colonialisme français : « En redonnant Ă  la colonie son rĂŽle dans la construction de la nation, de l’identitĂ© nationale et de la rĂ©publique française, Fanon fait apparaĂźtre comment la notion de « race » n’est pas extĂ©rieure au corps rĂ©publicain et comment elle le hante »20. En dĂ©voilant le clivage racial au fondement du systĂšme colonial, Fanon gĂȘne le rĂ©publicanisme d'une France qui se dit indiffĂ©rente aux diffĂ©rences mais qui, dans son propre empire colonial, a dĂ©niĂ© des droits Ă  des populations au motif de leur « race » dite infĂ©rieure.

La reconnaissance de Frantz Fanon en France fut tardive. Fort de France possĂšde dĂ©sormais une avenue Ă  son nom bien que la proposition qu'en avait faite son maire, AimĂ© CĂ©saire, en 1965 eĂ»t Ă©tĂ© rejetĂ©e pendant des annĂ©es. Il faut attendre 1982 pour que s'organise, sous l'impulsion de Marcel Manville, un mĂ©morial international (colloque) en son honneur en Martinique. Peu Ă  peu, plusieurs hommages lui sont rendus dans son Ăźle natale. Le lycĂ©e de La TrinitĂ© est baptisĂ© en son honneur, la ville de RiviĂšre-Pilote lui consacre une avenue et une bibliothĂšque. En France mĂ©tropolitaine toutefois, s'il existe de nombreuses rues portant ce nom, David Macey signale n'avoir trouvĂ© aucune avenue Frantz Fanon. En AlgĂ©rie, dĂšs 1963, une avenue Frantz Fanon est inaugurĂ©e Ă  Alger. La reconnaissance dĂ©passe dĂ©sormais ces deux pays et la mĂ©moire de Frantz Fanon est honorĂ©e dans de nombreux pays (Italie, Nigeria, États-Unis) oĂč des centres de recherche ont Ă©tĂ© baptisĂ©s Ă  sa mĂ©moire.

PostĂ©ritĂ© de l’Ɠuvre littĂ©raire
Frantz Fanon est devenu un maĂźtre Ă  penser pour de nombreux intellectuels du tiers-monde. Son livre le plus connu est Les DamnĂ©s de la terre, publiĂ© quelques jours avant sa mort, manifeste pour la lutte anticolonialiste, y compris par la violence, et l'Ă©mancipation du tiers-monde. Cet ouvrage et, peut-ĂȘtre plus encore la prĂ©face Ă©crite par Jean-Paul Sartre, qui radicalise l'analyse de Fanon sur la violence : « Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pĂąlissent, les interdits sont un Ă  un renversĂ©s : l'arme d'un combattant, c'est son humanitĂ©. Car, en le premier temps de la rĂ©volte, il faut tuer : abattre un EuropĂ©en c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer un oppresseur et un opprimĂ© : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la premiĂšre fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. », ont Ă©tĂ© perçus rĂ©trospectivement comme fondateurs de la critique tiers-mondisten 1. Il a inspirĂ© des mouvements de libĂ©ration en Afrique ou encore les mouvements noirs aux États-Unis. Les principales universitĂ©s anglo-saxonnes le tiennent pour un penseur majeur du postcolonial.

Aujourd'hui encore, Frantz Fanon est pris en considĂ©ration par de nombreux auteurs. Le courant des critiques post-coloniales a notamment initiĂ© une relecture de l'auteur palestino-amĂ©ricain Edward SaĂŻd, dans Culture et impĂ©rialisme, a trĂšs souvent repris les Ă©crits de Fanon. D'autres auteurs contemporains se sont intĂ©ressĂ©s Ă  son Ɠuvre, comme Stuart Hall, Homi Bhabha et Judith Butler, et en particulier Ă  Peau noire, masques blancs. Des reprĂ©sentants de la scĂšne dite du « rap de fils d'immigrĂ©s » tels Casey ou La Rumeur, dont les textes sont centrĂ©s sur la dĂ©nonciation de la colonisation, font rĂ©fĂ©rence Ă  Fanon et Ă  son Ɠuvre, parfois ouvertement comme dans le titre Nature morte de La Rumeur. On peut ainsi voir sur la pochette du street-CD Nord Sud Est Ouest du rappeur EkouĂ© une rĂ©Ă©dition du livre Les DamnĂ©s de la Terre.

Son livre Peau noire, masques blancs contient une critique de l'ouvrage Psychologie de la colonisation d'Octave Mannoni. Frantz Fanon adopte une attitude d'observateur extérieur au systÚme colonial. Il n'admet pas l'analyse psychologique de Mannoni. En particulier l'élaboration du « complexe de Prospero » du colonisateur lui paraßt « non fondée ». Les philosophes multiculturalistes (Charles Taylor, Will Kymlicka) ont plusieurs fois affirmé dans leurs articles s'inspirer des travaux de Fanon, précurseur du multiculturalisme.

Claude Lanzmann dans son livre Le LiÚvre de Patagonie narre sur de nombreuses pages sa rencontre avec Fanon et comment celle-ci a été la plus marquante de sa vie. C'est lui qui le présentera ensuite à Sartre.

En 2001, un film biographique, Frantz Fanon, une vie, un combat, une Ɠuvre, retrace son parcours.

En 2014, le film Concerning Violence, du rĂ©alisateur Göran Olsson, met en scĂšne sous forme de documentaire les enseignements du livre Les DamnĂ©s de la terre au travers des luttes de libĂ©ration africaines du joug colonial. L'actrice et chanteuse Lauryn Hill y prĂȘte sa voix pour la narration.

Depuis 2007, il existe une fondation Frantz Fanon, dont sa fille aßnée, Mireille Fanon-MendÚs-France, assure la présidence.

En hommage Ă  son Ɠuvre, le lycĂ©e gĂ©nĂ©ral et technologique de TrinitĂ© a Ă©tĂ© renommĂ© « lycĂ©e Frantz-Fanon ».

ƒuvre Ă©crite

Articles
« L’expĂ©rience vĂ©cue du Noir », 1951, texte publiĂ© dans la revue Esprit, 1951, vol. 19, no 5

Livres

L'ƒil se noie, Les Mains parallĂšles et La Conspiration, trois piĂšces de thĂ©Ăątres inĂ©dites Ă©crites entre 1949 et 1950
Peau noire, masques blancs, 1952, rééd., Le Seuil, col. « Points », 2001
L'An V de la révolution algérienne, 1959, rééd., La Découverte, 2011
Les Damnés de la Terre, 1961, rééd., La Découverte, 2002
Pour la rĂ©volution africaine. Écrits politiques, 1964, rĂ©Ă©d., La DĂ©couverte, 2006
ƒuvres, La DĂ©couverte, 2011.
Écrits sur l’aliĂ©nation et la libertĂ©, La DĂ©couverte, 2015. Recueil d'Ă©crits psychiatriques : articles scientifiques, thĂšse, articles du journal intĂ©rieur du pavillon de l’hĂŽpital de Blida-Joinville de 1953 Ă  1956, deux piĂšces de thĂ©Ăątre Ă©crites Ă  Lyon durant ses Ă©tudes de mĂ©decine (L’ƒil se noie et Les Mains parallĂšles), correspondance et textes publiĂ©s dans El Moudjahid aprĂšs 1958, non repris dans Pour la rĂ©volution africaine.
Écrits sur l’aliĂ©nation et la libertĂ©. ƒuvres II, La DĂ©couverte, 2018.

Bibliographie

Monographies
Frantz Fanon. Recueil de textes introduit par Mireille Fanon-MendĂšs-France, GenĂšve, Ă©ditions du CETIM (Centre Europe-Tiers Monde), 2013, 96 p.
Abdelkader Benarab (préf. Lilyan Kesteloot), Frantz Fanon : L'Homme de rupture, Paris, Alfabarre, 2010, 82 p. (ISBN 978-2-35759-013-7, OCLC 758313599, notice BnF no FRBNF42340862)
AndrĂ© LucrĂšce, Frantz Fanon et les Antilles. L’empreinte d'une pensĂ©e, Ă©d. Le Teneur, Suresnes, 2011 (ISBN 978-2-918141-17-4)
Daniel Boukman, Frantz Fanon. Traces d'une vie exemplaire, L'Harmattan, 2016
Pierre Bouvier, Aimé Césaire et Frantz Fanon. Portraits de (dé)colonisés, Paris, Les Belles Lettres, collection « Histoire de profil », 2010. (ISBN 978-2-251-90003-2)
Pierre Bouvier, Fanon, Ă©d. Universitaires, Paris, 1971
Matthieu Renault, Frantz Fanon. De l'anticolonialisme Ă  la critique postcoloniale, Amsterdam, 2011.
Alice Cherki, Frantz Fanon. Portrait, Seuil, 2000 (ISBN 978-2-02-036293-1)
Caute David, Fanon, Ă©d. Collins, Londres, 1970, traduit par G. Duran), Ă©d. Seghers, Paris, 1970
Christiane Chaulet-Achour, Frantz Fanon, l'importun, éd. ChÚvrefeuille étoilée, Montpellier, 2004
Joby Fanon, De la Martinique à l'Algérie et à l'Afrique, éd. L'Harmattan, Paris, 2004
Peter Geismar, Fanon, Ă©d. Dial Press, New York, 1971
David Macey, Frantz Fanon, une vie, la Découverte, 2011, 550 p. (ISBN 978-2-7071-6980-8, présentation en ligne [archive])
Faustino, D. M. “Why Fanon, why now?”: Frantz Fanon and fanonisms in Brazil. [archive], 2015. 252 f. Tese (Doutorado) – Programa de Pós-Graduação em Sociologia, Universidade Federal de São Carlos, São Carlos, 2015
Marie-Jeanne Manuellan (son assistante à Tunis), Sous la dictée de Fanon.

Revues
Abdelkader Benarab, « Hommage Ă  Frantz Fanon », in L’Expression, 14 dĂ©cembre 2008
Abdelkader Benarab, « Frantz Fanon », in Le Quotidien d’Oran, 29 dĂ©cembre 2008
Christiane Chaulet Achour (coordination), « Frantz Fanon et l’AlgĂ©rie. Mon Fanon Ă  moi », numĂ©ro spĂ©cial de la revue AlgĂ©rie LittĂ©rature/Action, no 152-156, octobre-novembre 2011
Matthieu Renault, « Damnation. Des usages de la religion chez Frantz Fanon », ThéoRÚmes
Florent Schoumacher, « Frantz Fanon et le renouveau de la question marxiste de la libération nationale », Dissidences BLEMR, no 9, Nancy, octobre 2001
« Frantz Fanon. Contre le colonialisme. », Sciences humaines, janvier 2012, no 233, p. 58

Dictionnaires
Christiane Chaulet Achour, « Frantz Fanon », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, H. Champion, Paris, 2010, p. 167-172 (ISBN 978-2-7453-2126-8)

PS. Qu'est-ce qu'une leucémie ?
Pour mon expérience personnelle, mon grand-pÚre a eu un cancer généralisé à partir du pancréas. Mon oncle a eu un cancer généralisé à ganglions. J'espÚre que les explosions nucléaires depuis 1945 n'y ont pas contribué.
Pour ma voisine préférée, morte en 2000, elle a eu une leucémie foudroyante. Diagnostiquée vers juin 1999, elle est morte en janvier 2000. Elle n'a pas tenu plus de 6 mois. Leucémie foudroyante. Etonnant non ? Pour une femme de presque 50 ans.
Je vais paraßtre superstitieuse, mais j'espÚre que le cancer ou la leucémie ne sont pas réservés aux juifs.
Fanon aurait-il pu ĂȘtre considĂ©rĂ© comme juif alors qu'il avait l'alias Ibrahim ?

See you soon.