L’affaire Benitez ou affaire des disparues de Perpignan est une affaire criminelle française qui a défrayé la chronique en 2013, à la suite de la disparition mystérieuse le 14 juillet 2013 d'Allison Benitez et de sa mère Marie-José Benitez à Perpignan.

Le 14 juillet 2013, deux femmes habitant Perpignan, Allison Benitez (19 ans), l'une des candidates à l'élection du concours de beauté Miss Roussillon, et sa mère, Marie-José Benitez, née Barbet (53 ans), disparaissent sans donner signes de vie. Des témoins indiquent que la dernière fois qu'ils ont vu Allison, celle-ci avait rendez-vous avec son père Francisco « Paco » Benitez, adjudant-chef dans la Légion étrangère. Francisco Benitez indique à leur amis qu'elles sont parties en voyage à Toulouse et que leurs portables sont éteints. Par ailleurs, il ne prévient pas la famille de son épouse. Néanmoins, après plusieurs jours, des amis d'Allison préviennent la police de la disparition de la jeune fille et de sa mère. Francisco Benitez fait de même le 22 juillet.

Les policiers ne parviennent pas à retrouver la trace d'Allison et Marie-José Benitez à Toulouse. Ni l'une ni l'autre ne possède le permis de conduire, et les vidéosurveillances de la gare de Perpignan sont restées infructueuses. Les enquêteurs questionnent Francisco Benitez, qui explique leur départ par des difficultés survenues dans le couple. Les recherches montrent par la suite qu'il n'y a pas d'appel téléphonique sur les portables ni de mouvements sur les comptes bancaires des disparues depuis leur départ supposé. Le 2 août, une information judiciaire pour « recherche des causes d'une disparition inquiétante » est lancée. Des fouilles et battues pour les retrouver ne donnent rien.

Le bruit médiatique de l'affaire alerte la famille de Simone Oliveira Alves, une brésilienne résidant à Nîmes qui a, elle aussi, mystérieusement disparu en 2004. Et pour cause : elle a été la compagne de Francisco Benitez sans savoir qu'il était marié. La double vie de ce dernier est découverte et la similitude dans les disparitions intrigue les policiers. L'enquête concernant cette seconde affaire est rouverte.

Deux semaines plus tard, Francisco Benitez, par l'intermédiaire d'une vidéo diffusée sur le site internet de Paris Match, lance un appel à témoin pour retrouver sa fille et sa femme, tout en y clamant son innocence. Le 5 août, il se suicide par pendaison à la caserne de la Légion étrangère de Perpignan après avoir appelé une autre de ses maîtresses résidant à Barcelone. Il n'aurait plus supporté la suspicion générale.

L'enquête

En 2013, lors d'une perquisition au domicile du couple, au no 28 rue Jean-Richepin à Perpignan, en présence de Francisco Benitez, celui-ci avait paniqué quand les policiers ont commencé à s'intéresser au sous-sol. En effet, d'importantes traces de sang avaient été retrouvées dans le garage et avaient manifestement été lavées avec une quantité importante d'eau de Javel diluée dans de l'eau. D'après les enquêteurs les crimes se seraient déroulés au rez-de-chaussée. Des odeurs nauséabondes provenant de cet endroit avaient été décelées par des témoins (dont une maitresse de Benitez). Christine, une amie de Marie-Josée, se souvenait que cette dernière lui avait montré l'existence d'une trappe permettant d'accéder à une ancienne fosse septique dans le vide sanitaire située sous le garage, dans laquelle elle stockait des affaires, et Benitez du vin. Depuis ce vide a été comblé par du sable.

Des prélèvements également effectués dans la caserne permirent de retrouver des traces de sang d'Allison Benitez dans un congélateur et un lave-linge. Francisco Benitez, qui les avait nettoyés peu après la disparition, apparaît donc comme le principal suspect dans une thèse d'un double homicide. Le mobile pourrait avoir été la découverte d'une liaison par sa fille qui aurait pu le dire à sa mère.

Les disparues ou leurs corps n'ont à ce jour, pas été retrouvés.

Le 23 septembre 2016, l'affaire est relancée grâce à la découverte d'ossements et d'un traversin taché de sang, sur la commune du Barcarès, non loin de Perpignan ; ceux-ci se sont avérés être d'origine animale.

Francisco Benitez, né à Algésiras le 13 décembre 1963, mais élevé à Ceuta, et ayant vécu à Séville dès l'âge de 20 ans, avait fait la connaissance en 1988 de Marie-José, une célibataire déjà mère de quatre enfants nés de pères différents et qui travaillait alors dans des bars à hôtesses proches du port de Marseille, où elle résidait. De leur union naît, le 24 mai 1994, Allison Solène, la seule et unique fille de Benitez, qui nourrit pour elle un amour démesuré[réf. nécessaire]. Mais quatre ans plus tard, le légionnaire fait la connaissance de Simone de Oliveira Alves, dans un bar d'entraîneuses à Nîmes. Si, au début, Marie-José et Simone ne se doutent de rien, les relations de Benitez avec sa maitresse brésilienne se détériorent au bout de six ans. L'homme, d'une jalousie maladive, n'hésite pas à se montrer violent avec Simone, qui est hospitalisée en novembre 2004 pour des raisons qui restent floues (tentative de suicide ou fausse couche). Quelques jours plus tard, le 29 novembre 2004, elle disparait sans laisser de trace. Benitez est brièvement entendu dans le cadre d’une enquête pour disparition inquiétante. Il affirme avoir rompu avec sa maitresse et ne plus avoir eu de nouvelles d'elle depuis.

Marie-José, qui n'était pas dupe, pardonne à Benitez cette incartade et décide de l'épouser le 10 novembre 2006. Mais Benitez ne tient pas parole et multiplie les relations adultères, y compris avec des femmes plus âgées que lui. C'est en examinant les messages reçus par le portable de son père, en 2012, qu'Allison découvre les messages enamourés d’une certaine Dolorès, une militaire en poste à Perpignan. Une dispute éclate et Benitez abandonne alors le domicile conjugal. Il ne met cependant pas fin à ses aventures amoureuses : il se sépare de Dolorès et entame une relation avec une ancienne amie, une compatriote, María Teresa, vigile au consulat français de Barcelone. Il envisage de refaire sa vie avec elle en Espagne. Peu de temps après, Allison et Marie-José disparaissent.

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https://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20140528.OBS8752/envoye-special-affaire-benitez-l-enigme-du-legionnaire.html

Envoyé spécial : "Affaire Benitez, l’énigme du légionnaire"

Le magazine de la rédaction de France 2 se penche sur les doubles vies de "Paco". Ce jeudi à 20h45.

Par Sylvie Veran

Publié le 29 mai 2014 à 09h00

Jusqu’à sa mort cet homme a compartimenté sa vie, trompé ses proches, manipulé leur entourage, abusé les consciences. Un physique engageant, une mine enjôleuse et sympathique, masquant une personnalité perverse et narcissique, tel aurait pu être décrit Francisco Benitez par un expert- psychiatre s’il avait été traduit devant une cour d’Assises. Mais pour mettre fin à une mystification qu’il ne contrôlait plus, et vraisemblablement ne pas être jugé pour ses crimes présumés, ce légionnaire bien noté et à priori au dessus de tout soupçon, a préféré se suicider.
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Son visage est apparu au grand public lors de la diffusion sur le site de Paris- Match d’une vidéo, reprise par les chaînes de télévision, où le sous- officier se mettait lui-même en scène en lançant un appel poignant en faveur de sa fille, Allison, 19 ans, disparue trois semaines auparavant avec sa mère, Marie- Josée, 53 ans. "J’espère que ma fille sera retrouvée, disait-il en sanglotant. […] Les gens qui me connaissent vraiment savent très bien qu’Allison c’est ma vie.." Quelques heures plus tôt Francisco Benitez, surnommé "Paco" en famille, avait convoqué une journaliste de l’hebdomadaire pour lui remettre ce film. Le lendemain, le 5 août 2013, il était découvert pendu au premier étage de la caserne de la Légion étrangère de Perpignan. Allison et Marie-Josée n’avaient plus donné signe de vie depuis le 14 juillet précédent.

Ce jour là, Allison participe à un entrainement sportif au Canet-plage avec les candidates à l’élection de Miss Roussillon. Gagner ce titre était le rêve de la jeune fille qui avait arrêté de travailler pour se concentrer sur ce concours. "On voyait qu’elle avait la rage de gagner", se souvient son amie Sophie dans ce document. Les filles vont ensuite déjeuner dans un restaurant. Allison, si rayonnante durant la matinée, a désormais l’air soucieux. "Elle était en quelque sorte absente, poursuit Sophie. Elle était essentiellement sur son portable."Au bout d’un moment, l’apprenti- coiffeuse se lève brusquement en indiquant que son père allait venir la chercher. Personne ne l’a revue.

Curieusement, Francisco Benitez, pourtant très proche de sa fille, ne signale pas les disparitions à la police. A Alexandre, un copain d’Allison venu prendre des nouvelles de celle-ci, le légionnaire annonce qu’elle et sa mère voyagent pour quelques jours à Toulouse et que leurs portables sont éteints. C’est Alexandre et Sophie, rongés par l’inquiétude, qui finiront par lancer l’alerte en se rendant au commissariat.

Aux policiers, Benitez répète que sa fille et sa femme sont dans la ville rose. Il explique que leur départ fait suite à des difficultés dans le couple. Couple qui battrait de l’aile depuis un certain temps. Le militaire précise que ce n’est pas la première fois que son épouse quitte le domicile conjugal et s’avoue incapable de comprendre pourquoi Allison a suivi sa mère alors qu’elle se préparait à une compétition à laquelle elle tenait par-dessus tout. Pour le procureur de la République, Achille Kiriakides, le père de famille s’était montré suffisamment convainquant et rassurant sur le sort des deux femmes pour ne pas éveiller de soupçons. La thèse d’une fugue est retenue. Des recherches sont quand même entreprises auprès des opérateurs téléphoniques afin de vérifier si des appels ont été passés à partir des portables des disparues. Comme sur leurs comptes bancaires, aucun mouvement n’est détecté après le 14 juillet.

Curieusement, encore, Francisco Benitez ne prévient pas non plus sa famille de la disparition d’Allison et de sa mère. Eric, le frère de Marie-Josée apprend la nouvelle via un journal télévisé. Il téléphone aussitôt à son beau- frère. Et, sentant le ton embarrassé de celui-ci lui demande tout de go : "Paco, est-ce que tu as fait une bêtise" ? "Ma question était instinctive, explique aujourd’hui Eric. Il l’a un peu mal pris. Il m’a dit : « Pourquoi tu me dis ça ? Tu me connais. Tu sais bien que je ne ferai pas de mal à ma famille.»" Le 2 août, le parquet de Perpignan ouvre une information judiciaire pour recherche des causes d’une disparition inquiétante. L’étau commence à se resserrer autour de l’adjudant- chef qui apparaît désormais comme le probable suspect numéro un.

Un autre homme, qui a reconnu le visage de Paco en tombant sur la vidéo diffusée la veille du suicide de ce dernier, le soupçonne, lui aussi, de ne pas dire la vérité. Et pour cause ! Claude est l’ex-époux de Simone Oliveira Alves. Cette femme qui fut la compagne de Francisco Benitez, sans le savoir marié, a également mystérieusement disparue en 2004. En voyant pleurer le légionnaire à l’écran, Claude est sous le choc : "Je me suis dit : tiens ! Il a remis ça !"

A l’époque, le père d’Allison mène depuis cinq ans une double vie à Nîmes avec Simone, une Brésilienne rencontrée dans le bar de nuit où cette mère de quatre enfants travaillait. Luis- André, le frère de la jeune femme, assiste lors de son arrivée en France à la naissance du grand amour entre sa sœur et Paco. "Il partageait déjà sa vie. Il n’était pas tout le temps-là, mais il vivait là". La romance s’altère lorsqu’en novembre 2004 Simone découvre, à la suite d’un accident de voiture qui les conduits devant la police, que son amant se partage entre elle, sa femme légitime, et une fille habitant avec sa mère à Perpignan. Simone ne le supporte pas. Elle écrit à son fils aîné qu’elle va se suicider et met sa menace à exécution. Luis- André la découvre presque inanimée à son domicile. Francisco Benitez propose alors de conduire Simone à l’hôpital. Le lendemain, requinquée, celle-ci appelle son frère pour l’informer que Paco la ramène chez elle. "Je n’ai plus jamais eu de nouvelles d’elle et de lui", constate, très amer, Luis-Andres.

Quelques semaines plus tard, l’adjudant- chef est auditionné comme simple témoin par la police de Nîmes, bizarrement, non pas dans un commissariat mais à la Légion étrangère. Un enquêteur se souvient parfaitement de cet entretien : "Il a duré très longtemps. J’avais devant moi un légionnaire. Ces gens-là, dans leur formation, apprennent à résister lorsqu’ils tombent dans un camp ennemi. Et s’il ne veulent pas parler, on ne peut pas les faire parler". Son statut d’officier aurait-il joué en sa faveur ? A priori non. "Moi, j’étais convaincu que c’était lui, poursuit l’enquêteur. C’est lui le dernier à l’avoir vue vivante. Mais je n’avais aucune bille pour le mettre en garde à vue. Je n’ai rien réussi à trouver."

Au grand dam de la famille de Simone. Luis-André, un témoin capital, alors en situation irrégulière, aurait eu nombre de choses à dire permettant de suspecter le compagnon de sa sœur. Mais il a été expulsé au Brésil avant d’avoir pu obtenir d’être confronté à Benitez. Un face à face qui aurait vraisemblablement évité les deux disparitions suivantes.

Fin 2013 la police scientifique découvre des indices accablants en procédant à des prélèvements dans la caserne de la Légion. Notamment dans un congélateur, apporté ici par Benitez, dans lequel sont prélevées des traces de sang correspondant à l’ADN d’Allison. Un militaire s’est soudainement souvenu avoir vu le père de la jeune fille mettre dans un lave-linge des draps tachés de sang.

Des battues vont être organisées durant un mois dans une pinède et autour d’une station d’épuration de la région. En vain. Tant que les corps ne seront pas retrouvés il restera donc impossible de prouver qu’Allison, Marie-Josée, ou encore Simone, ont été tuées. Et si tel est le cas, pour quel motif ? Parce que toutes les trois n’acceptaient plus d’être les jouets d’un homme de plus en plus enfermé dans ses dénis ?

Une chose est sûre : Allison savait que Paco avait une nouvelle maitresse. A Barcelone, cette fois. "Elle était un petit peu au courant que son père trompait sa mère et je pense qu’elle avait envie de savoir d’où ça venait et de s’entendre dire la vérité en face", confie Sophie. "Elle savait qu’il y avait une maîtresse, confirme Alexandre, autre fidèle à Allison. Avec un ami, elle l’avait suivi en voiture pour voir si elle pouvait la trouver."La jeune fille aurait menacé de tout révéler à sa mère. La colère de trois femmes bernées aurait-elle suffi à signer leur arrêt de mort ? Mystère. Francisco Benitez a emporté ses lourds secrets avec lui.

Sylvie Véran