L’affaire Dupont de Ligonnès, aussi appelée la « tuerie de Nantes », est un quintuple meurtre non élucidé survenu à Nantes (Loire-Atlantique) en France. Cinq membres d'une même famille, les Dupont de Ligonnès, sont assassinés début avril 2011 ; leurs corps sont retrouvés le 21 avril 2011, dans leur maison nantaise. Le père de famille, Xavier Dupont de Ligonnès, reste introuvable et devient de fait le suspect no 1. Il fait l'objet d'une circulaire de recherche d'Interpol (notice bleue).

Les personnes

La famille Dupont de Ligonnès est une vieille famille de la noblesse française originaire de la région d'Annonay, dans le Vivarais. Parmi ses membres, on note Édouard du Pont de Ligonnès (1797-1877), qui a épousé Sophie de Lamartine, la sœur du poète, et dont le dernier fils, Charles du Pont de Ligonnès, est devenu évêque de Rodez.

En 2011, les protagonistes de l'affaire résidaient au 55, boulevard Robert-Schuman à Nantes, dans une maison sobre du nord-ouest de la ville.

Les parents

Xavier, le père

Xavier Pierre Marie Dupont de Ligonnès est né le 9 janvier 1961 à Versailles, fils de Bernard-Hubert Dupont de Ligonnès (7 novembre 1931 - 20 janvier 2011), ingénieur de l'ENSMA Poitiers, et de Geneviève Thérèse Maître. Bernard-Hubert, « play-boy et baroudeur », déserte le foyer familial alors que Xavier est âgé d'une dizaine d'années. Geneviève fonde en 1960 un mouvement à caractère sectaire fondé sur l'Apocalypse, groupe baptisé « Philadelphie » ou encore « Le Jardin », implanté entre Versailles et le nord de la Bretagne. Xavier baigne dans ce climat mystique et apocalyptique jusqu'en 1995, année qui voit le groupe se cacher dans un château du Centre-Bretagne, en attente de la fin du monde, laquelle ne se produit pas… Xavier comprend qu'il vit depuis son enfance dans un monde imaginaire et qu'il ne fera pas partie des élus choisis par Dieu pour gouverner le monde. Il écrit « perdre la foi est la pire des désillusions » qu'un homme peut vivre ici-bas. Selon le journaliste Guy Hugnet, c'est ce traumatisme qui est à l'origine d'une souffrance mélancolique chez Xavier et qui joue un rôle déterminant, avec son échec professionnel, dans son passage à l'acte

Ses activités professionnelles sont très floues, mais il est défini comme « commercial », selon une source proche de l’enquête. Il a créé plusieurs petites structures, au succès limité :

  • la SELREF, société à l'activité discrète et mal définie basée à Pornic (Loire-Atlantique), dont il était gérant-salarié. Les comptes de la société pour l'année 2006, accessibles via un site d’information commercial, montraient un bilan réduit à sa plus simple expression, et le dernier dépôt d’informations au greffe du tribunal de commerce remontait au 24 février 2004. Il avait embauché en 2003 six commerciaux qui durent être licenciés par la suite ;
  • la Route des Commerciaux (même adresse que la SELREF), un guide d'hôtels et de restaurants pour VRP ;
  • Carte Crystal (à l'adresse personnelle de la famille Dupont de Ligonnès, bd Robert-Schuman), un « projet de système de fidélisation de clientèle pour les restaurants »
  • une Fédération française des commerciaux (également basée bd Robert-Schuman et dont les statuts avaient été déposés en avril 2004), qui avait pour but de « centraliser les informations nécessaires aux professionnels de la formation commerciale, quel que soit leur statut »

Il est considéré par la justice comme le principal témoin et suspect principal dans l'assassinat de son épouse et ses quatre enfants. Après la découverte des corps enterrés dans le jardin de la maison familiale, la police s'est mise à sa recherche, mais Xavier Dupont de Ligonnès est resté introuvable. D'après le procureur, s'appuyant sur des témoignages de la famille, Xavier Dupont de Ligonnès aurait déclaré par lettre, afin de justifier son absence et celle de sa famille «qu’il était en quelque sorte un agent secret pour le compte des États-Unis et devait y retourner dans le cadre d’un programme de protection de témoin pour assister à un procès contre la drogue»

Agnès, la mère

Son épouse, Agnès Hodanger, née le 9 novembre 1962 à Neuilly-sur-Seine, est une adjointe à la vie scolaire au sein de l'ensemble scolaire catholique Blanche-de-Castille de Nantes, où elle enseigne également le catéchisme.

Issue d'une « bonne famille », Agnès est décrite par les paroissiens comme une femme très pieuse, se rendant régulièrement à la messe en compagnie de ses enfants mais autoritaire avec eux. Agnès Hodanger avait 48 ans lors de sa mort (elle avait reçu deux balles dans la tête).

En 2004, soit sept ans avant le drame, elle s'était confiée longuement sur le forum Doctissimo, témoignant des difficultés que connaissaient le couple et la famille.

Les enfants

Arthur

Arthur Nicolas Dupont de Ligonnès est né le 7 juillet 1990 d'un autre père, mais reconnu par Xavier Dupont de Ligonnès lors de son mariage avec Agnès, deux ans après la naissance de cet enfant. Il obtient un Baccalauréat sciences et technologies industrielles (STI) à 20 ans. Étudiant en BTS Génie Informatique à l'établissement privé Saint-Gabriel, situé à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, Arthur est aussi employé de restauration dans une pizzeria de Nantes. Arthur avait 20 ans à sa mort ; il est mort de deux balles dans la tête.

Thomas

Thomas Dupont de Ligonnès est né le 28 août 1992 à Draguignan. Il obtient un baccalauréat littéraire à 16 ans. Passionné de musique, il était étudiant en musicologie à l'Université catholique de l'Ouest d'Angers et vivait au foyer Saint-Aubin, où il est décrit comme un « garçon sans histoires souvent accompagné de sa famille, qui venait le déposer ou le rechercher », alors que plusieurs de ses camarades se souviennent d'un garçon « très discret ». Thomas avait 18 ans le jour de sa mort (il a été tué de deux balles dans la tête et d'une balle dans le thorax).

Anne

Anne Dupont de Ligonnès est née le 2 août 1994 à Draguignan. Lycéenne en 1re scientifique, elle est décrite par ses amies et proches comme une jeune fille qui suivait l'exemple de sa mère, croyante, ouverte aux autres et attentionnée. Ses absences répétées sur Internet et les appels de téléphone de ses amis laissés sans réponse avaient inquiété ces derniers. Anne avait 16 ans lorsqu'elle a été tuée de deux balles dans la tête.

Benoît

Benoît Dupont de Ligonnès est né le 29 mai 1997. Collégien, il est le dernier enfant de la famille. Il était populaire dans son collège, selon ses amis et camarades, et plaisait aux filles. Il était enfant de chœur à l'église Saint-Félix. Benoît avait 13 ans à sa mort ; il a reçu trois balles dans la tête et deux balles dans le thorax.

Les faits

Un an avant le meurtre

Xavier Dupont de Ligonnès, qui a multiplié les échecs professionnels et se voit rattrapé par les dettes, envoie à deux amis un courriel dans lequel il écrit : « Si ça tourne mal, je n’ai que deux solutions, me foutre en l’air avec ma voiture ou foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort […] Post-scriptum : je suis très sérieux, lucide et sous l’emprise d’aucune drogue ni d’aucun alcool. » « Je serai donc fin août-début septembre au pied du mur avec une décision définitive à prendre : suicide seul ou suicide collectif… », poursuit-il, accompagnant son message d'une pièce jointée intitulée « Dispositions.doc » ressemblant à un testament

Derniers gestes de la famille

  • Le bail de la maison a été résilié
  • Tous les comptes bancaires ont été clôturés
  • L'école des enfants a reçu un solde de tout compte
  • L’employeur d'Agnès est informé qu'elle souffre d'une gastro-entérite, puis qu'elle s'en allait en Australie
  • Un message indique sur la boîte aux lettres : « Courrier à retourner à l'expéditeur. Merci. »
  • La maison a été entièrement vidée

Enquête pour disparition inquiétante et découverte de corps

19 avril

Ouverture d'une enquête. Les achats de matériels sont repérés par les enquêteurs

21 avril

Un avis de recherche est lancé pour toute la famille. Mais dans la journée, les enquêteurs découvrent sous la terrasse de la maison les restes humains de la mère et de ses quatre enfants, en tenue de nuit, les corps enveloppés des draps, placés dans des sacs de jute et recouverts de chaux vive pour accélérer la décomposition des corps et lutter contre les odeurs de putréfaction des cadavres. Les deux chiens de la famille, des labradors, ont été aussi abattus et enterrés.
Dans la nuit du 21 au 22, la Citroën C5 bleu métallisé immatriculée 235 CJG 4463, est repérée sur le parking du Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens par des gendarmes équipés d’un logiciel de lecture automatique des plaques d’immatriculation, relié au fichier des véhicules recherchés. Un véhicule Pontiac, également recherché, reste introuvable

Les enquêteurs se tournent aussi vers la piste d'un monastère. Xavier Dupont de Ligonnès aurait pu se retirer dans un monastère, lieu qui garantit la discrétion et qui apparaît comme idéal pour un fugitif

Autopsies, obsèques et crémation

22 avril : autopsies

D'après les autopsies, après avoir été droguées avec un somnifère, les victimes auraient été abattues à bout portant pendant leur sommeil, avec une carabine 22 Long Rifle. Xavier Dupont de Ligonnès possède une arme de ce calibre, héritée de son père trois semaines avant le drame

Le 22 avril, soit le jour même des autopsies, le procureur de la République de Nantes indique qu'il va donner l'ordre de délivrer les permis d'inhumer dans les jours qui suivent. Cette rapidité surprenante dans la procédure, et le fait que la famille a été dissuadée de reconnaître les corps avant l'incinération, renforcera la famille de Xavier dans sa conviction que les corps exhumés ne sont pas ceux d'Agnès et des enfants

Un mandat de recherche international est délivré à l'encontre de Xavier de Ligonnès pour qu'il soit entendu à titre de témoin dans le cadre d'une information judiciaire contre X pour assassinats

28 avril : obsèques

Les obsèques de la famille sont célébrées à 14 h 30 en l'église Saint-Félix de Nantes. La famille de Ligonnès fréquentait régulièrement cette paroisse où le plus jeune, Benoît (13 ans), était enfant de chœur. 1 400 personnes étaient présentes à la célébration. La famille a demandé une célébration sobre, sans fleurs ni couronnes. Un important dispositif de sécurité a été mis en place. Puis les corps sont incinérés. Les inhumations ont eu lieu le 30 avril à 10 h 30, à Noyers-sur-Serein dans l'Yonne, berceau de la famille d'Agnès

Recherche du père de famille

Le 29 avril, une battue est organisée dans le Var. Le 10 mai, un mandat d'arrêt international est délivré à l'encontre de Xavier Dupont de Ligonnès. Le 23 juin, des spéléologues du secours départemental fouillent une quarantaine de cavités naturelles à partir du Rocher de Roquebrune, à quinze kilomètres à la ronde

Médiatisation de l'affaire et « cyber-enquête »

À la suite de la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès et parallèlement aux éléments d'enquête policière relayés par les médias, « fascinés par ce crime hors-norme, des centaines d’internautes français s’improvisent cyber-enquêteurs et prennent un plaisir indicible à remonter chaque trace numérique infime laissée par Agnès et Xavier » sur le réseau Facebook

Selon un communiqué de l'AFP repris par le quotidien Le Monde, « Des administrateurs d'un site catholique, qualifié d'intégriste par l'épiscopat, affirment que Xavier Dupont de Ligonnès participait à leur forum, où il s'interrogeait en 2010 sur le sens du « sacrifice » et où il se serait montré « agressif » récemment ». Parmi celles-ci, des discussions théologiques publiées, sous plusieurs identités, sur le forum chrétien La Cité catholique. Il s'est finalement fait bannir du forum. D'après le témoignage d'un proche, il « ne mettait jamais les pieds à l’église ». Une étude publiée par Bernard Blandre dans Mouvements Religieux et ensuite mise en ligne sur Internet affirme que, s'il est le meurtrier, il n'a pas agi pour des motifs religieux

Les pistes de recherche

L'enquête, qui dure depuis 2011, a donné lieu à plus de 900 signalements et à des recherches qui se sont toutes révélées être de fausses pistes. En 2019, toutes les pistes restent ouvertes et la police judiciaire de Nantes continuera l'enquête tant qu'aucun nouvel élément ne sera apporté : Xavier Dupont de Ligonnès reste sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Ses amies

Avant sa disparition, Xavier Dupont de Ligonnès a cherché à reprendre contact avec plusieurs de ses anciennes amies. La Police judiciaire de Nantes, sous l'instruction du juge Robert Tchalian, a recherché pendant près de deux ans une femme de nationalité allemande, Claudia, que Dupont de Ligonnès a failli épouser au début des années 1980 et avec qui il avait gardé contact. Il parle notamment, un an avant le crime, d’en finir, dans une lettre envoyée à une de ses maîtresses, Catherine

Le 27 février 2013, la police allemande avait prévu de lancer un appel à témoins dans l'émission de télévision Aktenzeichen XY ungelöst sur la chaîne publique ZDF pour retrouver Claudia, appel à témoins abandonné lorsque la partie civile, la sœur et le beau-frère de Xavier Dupont de Ligonnès, ont fait remarquer que le dossier d'instruction contenait ses coordonnées mail. Elle est entendue par les enquêteurs le 16 avril 2013, mais son témoignage « n’a rien apporté au dossier », selon le procureur de la République, Brigitte Lamy

Piste américaine

Xavier Dupont de Ligonnès a créé Netsurf Concept LLC, société enregistrée le 20 février 2003 au registre du commerce de Floride. À cette occasion, il se fait conseiller par Gérard Corona, expatrié français dirigeant de l'entreprise Strategy Netcom fondée en 1998. Ce dernier s'est spécialisé dans l'aide des étrangers dans leurs démarches administratives et légales sur le sol américain. Il propose également à ses clients d'ouvrir des comptes bancaires à l'étranger et d'obtenir des cartes de paiement anonymes leur permettant de retirer de l'argent dans le monde entier sans laisser de trace. Xavier Dupont de Ligonnès aurait pu utiliser ces services pour disparaître

Les recherches dans le Massif des Maures

Le 9 avril 2013, une mission de repérage est effectuée afin de retrouver le corps de Xavier Dupont de Ligonnès, préfigurant des recherches plus importantes. Les enquêteurs, assistés de spéléologues, vont fouiller les anciennes mines de plomb du Pic Martin, au Cannet-des-Maures (Var). C'est à cet endroit que les corps des victimes de la tuerie d'Auriol furent découverts.

Le 2 mai 2013, les recherches prévues, mobilisant une cinquantaine de gendarmes et de pompiers du GRIMP (Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) ne retrouvent aucun corps

Les conclusions des enquêteurs

Le procureur Brigitte Lamy ne remet pas en cause le statut de suspect de Xavier Dupont de Ligonnès et penche pour la thèse du suicide. Quand le corps sera retrouvé et sans autre suspect, l'enquête débouchera sur un non-lieu ou, éventuellement, un procès « par défaut »

En juin 2013, un corps est retrouvé à une vingtaine de kilomètres du lieu où a été vu Xavier Dupont de Ligonnès pour la dernière fois. Une autopsie est réalisée, les enquêteurs n'excluant pas qu'il s'agisse de son corps. « À ce jour, il ne s'agit pas du corps de Xavier Dupont de Ligonnès », a affirmé le procureur de Draguignan, Danielle Drouy-Ayral, sans toutefois donner plus de détails pour justifier cette affirmation

Découverte d'ossements

Durant la soirée du 28 avril 2015, des ossements sont découverts par un promeneur dans la forêt de Bagnols, près de Fréjus, proche du lieu où Xavier Dupont de Ligonnès avait été aperçu pour la dernière fois

La police fait alors le rapprochement avec la disparition du suspect, et procède à des analyses sur ce qui semble rester d'un camp de survie, où sont également retrouvés quelques objets tels qu'un portefeuille vide, un briquet, des lunettes, un sac de couchage, un magazine ainsi qu'une facture datant de 2011. Une broche médicale aurait également été retrouvée dans l'avant-bras de l'inconnu. Toutefois, à la connaissance des policiers, Xavier Dupont de Ligonnès ne portait pas de broche à l'avant-bras, bien qu'il ne soit pas impossible qu'il se soit fait opérer après sa disparition. De plus, il semblerait que le magazine retrouvé dans le camp daterait de l'année 2010. Or, les événements qui ont précédé la fuite de Xavier Dupont de Ligonnès datent, eux, de 2011.

Le 1er mai 2015, le site internet RTL.fr rapporte que « l'ADN prélevé sur les effets personnels du cadavre découvert le 28 avril au soir à Bagnols-en-Forêt dans le Var n'est pas celui de Xavier Dupont de Ligonnès mais celui d'un autre homme inconnu pour l'instant »

Un courrier envoyé à une journaliste

Une journaliste nantaise a reçu mi-juillet 2015 un courrier contenant une photo représentant Arthur et Benoit, l'ainé et le benjamin assis devant une table de cuisine. Au verso de la photo est écrit « Je suis encore vivant »91 et la phrase un peu bancale, inscrite en minuscules « de là jusqu'à cette heure », suivi de la signature «Xavier Dupont de Ligonnès». L'expéditeur reste inconnu

La piste du monastère de Roquebrune-sur-Argens

Le 9 janvier 2018, jour de l'anniversaire du fugitif, le quotidien Ouest-France annonce vers 9 h qu'une intervention de la police judiciaire a lieu au monastère Saint-Désert de Roquebrune-sur-Argens. Une vingtaine d'enquêteurs interviennent dans cet édifice religieux, où deux témoins affirment avoir reconnu le père de famille lors d'une messe. Ce monastère n'avait jamais fait l'objet d'une fouille de la part des enquêteurs. Des policiers de la PJ de Nantes, assistés de leurs collègues de Toulon, relèvent les empreintes, sans succès. Xavier Dupont de Ligonnès ne s'y trouve pas

Remises en cause des conclusions de l'enquête judiciaire par les parties civiles

L'hypothèse de l'exfiltration

Si dans un tout premier temps, Christine de Ligonnès émet un doute de principe sur l'authenticité de l'origine de la lettre du 11 avril 2011, tout en défendant l'innocence de son frère, à partir de mars 2012, elle affirme aux médias (qui attendront plusieurs mois avant d'en faire état) que « Xavier et sa famille ont été effectivement exfiltrés vers les États-Unis car leur existence était menacée en France. Les corps retrouvés sous la terrasse pourraient ne pas être ceux d'Agnès et des enfants ». Selon elle « les informations qui ont fuité dans les médias provenaient d'une sélection d'éléments à charge ». En 2013, dans le blog qu'elle a créé avec son époux Bertram de Verdun, elle mentionne un mail assez étonnant, que son frère aurait adressé à deux amis en juillet 2010. Dans ce courriel, il évoque des accidents, qui pourraient survenir à sa famille, et conclut par ces mots : « Je souhaite enfin que, même après enquête de police, on ne puisse jamais laisser croire à mes parents, frères et sœurs, que ces accidents ont été volontairement provoqués par moi (même si les preuves sont formelles.) »

Les approximations de l'enquête

Selon Me Goldenstein, avocat des parties civiles (Geneviève Dupont de Ligonnès, mère du principal suspect, Christine, sa sœur, et Bertram de Verdun, époux de cette dernière), « On ne sait même pas quand les victimes ont été tuées. L'autopsie conclut à une mort 10 à 21 jours avant leur découverte. Un tel manque de précision est tout de même étonnant. (…) En réalité il n'y a aucune certitude dans cette affaire, si ce n'est que des corps ont été découverts au 55, boulevard Schumann. (…) Les corps ne sont pas reconnaissables. Des photos figurent au dossier. (…) Des analyses ont en effet été menées, mais tout ce qu'elles permettent d'affirmer, c'est que les corps partagent le même ADN. Aucune analyse n'a comparé cet ADN commun avec celui d'Agnès Hodanger. En outre, les tailles, les poids ne correspondent pas, ainsi que le souligne ma cliente. Selon moi, il s'agit d'une négligence au niveau de l'autopsie. Mais elle permet à Christine et Geneviève de s'engouffrer dans la brèche. (…) Ce que je sais aussi, c'est qu'un homme seul ne peut pas creuser le trou sous la terrasse, même aveuglé par la rage et la haine : 2,5 m3 de terre ont été déplacés. Dans cette affaire, on est parti du principe que Xavier Dupont avait assassiné sa famille avant de se volatiliser. On n'a exploré aucune autre piste. Je ne sais pas qui a tué cette famille. Rien dans leur vie ne permet de comprendre qui pouvait leur en vouloir à ce point. D'où la conclusion de mes clientes. Puisque personne n'a pu les tuer, c'est qu'ils ne sont pas morts. »

Bibliographie

  • Guy Hugnet, L'Affaire Dupont de Ligonnès. La secte et l'assassin, L'Archipel, 2018, 256 p. (ISBN 978-2-8098-2438-4)
  • Solène Haddad, Affaires criminelles inexpliquées, City Editions, 2013 (ISBN 978-2-824-60304-9, lire en ligne [archive]), « L'incroyable affaire Dupont de Ligonnès »
  • Béatrice Fonteneau et Jean-Michel Laurence, Le mystère Dupont de Ligonnes, éditions l'Archipel, 2016, 240 p. (ISBN 978-2809818505, lire en ligne [archive]) (enquête journalistique)
  • Anne-Sophie Martin, Le disparu, Ring, 2016, 287 p. (ISBN 979-1091447430) (roman vrai)
  • Samuel Doux, L’Éternité de Xavier Dupont de Ligonnès, Julliard, 2017, 326 p. (ISBN 978-2-260-02914-4) (roman vrai)