article de Floriane Boyer, rédactrice
Publié le 06/02/2019 à 11h12, modifié à 16h10

Actuellement au milieu de l'océan Arctique, le pôle Nord magnétique se déplace vers la Sibérie plus rapidement que prévu, forçant les scientifiques à renouveler précocement le modèle magnétique mondial (World Magnetic Model ou WMM) décrivant le champ magnétique terrestre, capital car en dépendent les systèmes de navigation maritime, aérienne et GPS. Mis à jour pour la dernière fois en 2015, le modèle devait tenir jusqu'en 2020. La publication en urgence d'une nouvelle version, attendue pour le 15 janvier, a été tout d'abord reportée à la fin du mois, shutdown du gouvernement américain oblige. Mais elle a finalement été dévoilée ce 4 février, par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). La mise à jour officielle de 2020 est cependant maintenue et cette version 2 du modèle de 2015 expirera le 31 décembre 2019.
earth image

Carte indiquant la nouvelle position du pôle Nord magnétique (petite étoile blanche) et la déclinaison en ce début d'année 2019. © NOAA NCEI/CIRES.

Éternel vagabond, le pôle Nord magnétique erre imprévisiblement suivant les mouvements des masses du noyau ferreux liquide de la Terre. Cela explique pourquoi « l'erreur [sur le modèle] augmente en permanence », indique Arnaud Chulliat, spécialiste du géomagnétisme à l'université du Colorado et à la NOAA. Il est traditionnellement rectifié tous les cinq ans car c'est « le temps qu'il faut pour que l'erreur devienne trop grande ». Mais depuis plusieurs années, le pôle Nord a mis les gaz pour filer vers la Sibérie à une vitesse de 55 km par an environ, contre 15 km avant 1990. D'autre part, il aurait bougé soudainement en 2016, juste après la dernière mise à jour, à cause d'une brusque accélération du champ magnétique en-dessous de l'Amérique du Sud. Ces deux facteurs ont rendu le modèle de 2015 obsolète avant l'heure.

_Le pôle Nord magnétique (à ne pas confondre avec le pôle Nord géomagnétique obtenu si on assimile le champ magnétique terrestre à un dipôle) fait des siennes, obligeant les scientifiques à mettre à jour un an en avance le modèle magnétique mondial (WMM). © World Data Center for Geomagnetism/Kyoto University _