Idéologie Salafisme djihadiste, panislamisme, anti-chiisme, antioccidentalisme
Objectifs Établissement d'un califat dans le monde musulman et instauration de la charia.
Statut Actif
Date de formation 13 octobre 2006, (12 ans, 9 mois et 20 jours)
Pays d'origine Irak
Fondé par Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla, terrorisme dont attentats-suicides et prise d'otages.
Période d'activité Depuis 2006
et 2018)
Financement Contrebande de pétrole et de gaz naturel, impôts et racket, production de phosphate, vente de ciment, exploitation agricole, pillage de banques, pillages de sites archéologiques, rançons, trafic d'être humains, vente d'esclaves, donations privées
Groupe relié Boko Haram, État islamique en Libye, Wilayat Sinaï, Jund al-Khilafah (2014-2015), État islamique au Yémen, Armée Khalid ibn al-Walid, Maute, État islamique dans le Grand Sahara, National Thowheeth Jama'ath

Devise : La ilaha illa Allah
(« Il n’y a de dieu qu'Allah » ou « Point de divinité à part Dieu »)

L'État islamique (en arabe : الدولة الإسلامية (ad-dawla al-islāmiyya)), abrégé en EI, est une organisation terroriste, militaire et politique, d'idéologie salafiste djihadiste ayant proclamé le 29 juin 2014 l'instauration d'un califat sur les territoires sous son contrôle. De l'été 2014 au printemps 2019, il forme un proto-État en Irak et en Syrie où il met en place un système totalitaire. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par la guerre d'Irak et la guerre civile syrienne.

Sa création remonte à 2006, lorsqu'Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le 13 octobre 2006, le Conseil consultatif proclame l'État islamique d'Irak (en abrégé EII ; en arabe : الدولة العراق الإسلامية (ad-dawla al-ʿirāq al-islāmiyya)), lequel se considère à partir de cette date comme le véritable État irakien.

En 2012, l'EII commence à s'étendre en Syrie et le 9 avril 2013, il devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL ; الدولة الاسلامية في العراق والشام (ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām), littéralement « État islamique en Irak et dans le Cham »), en anglais ISIS (Islamic State of Iraq and Sham), parfois désigné par ses opposants par l'acronyme arabe Daech (en arabe : داعش (Dāʿiš), prononcé [ˈdaːʕiʃ ]) ou anglais Daesh. Le 29 juin 2014, l'EIIL annonce le « rétablissement du califat » dans les territoires sous son contrôle, prend le nom d'« État islamique » et proclame son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, « calife et successeur de Mahomet », sous le nom d'Ibrahim. Désormais rival d'Al-Qaïda, avec qui il est en conflit depuis janvier 2014, l'État islamique voit son influence s'étendre à plusieurs pays du monde musulman avec l'allégeance de nombreux groupes djihadistes ; les plus importants étant Boko Haram au Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye. Il apparait également en Afghanistan où il tente de supplanter les talibans. À partir de 2015, l'État islamique mène des attentats jusqu'en Europe et en Amérique du Nord.

En Irak et en Syrie, l'État islamique atteint son expansion territoriale maximale en 2014 et 2015 avec la prise de nombreuses villes comme Falloujah, Raqqa, Manbij, Boukamal, Mossoul, Tall Afar, Al-Qaim, Tikrit, Hit et Ramadi. À partir de 2015, avec une première défaite symbolique à Kobané, l'EI commence à perdre tout ou partie de ses conquêtes sous la pression de ses nombreux adversaires : les forces armées des gouvernements de l'Irak et de la Syrie, les rebelles syriens, les milices chiites parrainées par l'Iran, les peshmergas du GRK, les groupes kurdes des YPG et du PKK et diverses autres milices. À partir d'août 2014, une coalition internationale de vingt-deux pays menée par les États-Unis procède à une campagne de frappes aériennes contre l'EI. La Russie est intervenue à son tour en Syrie en septembre 2015. Mossoul, la plus grande ville contrôlée par l'État islamique, est reprise par l'armée irakienne en juillet 2017, tandis que Raqqa, sa « capitale » syrienne, est prise par les Forces démocratiques syriennes en octobre de la même année. L'État islamique perd ses derniers territoires en Irak en décembre 2017 et en Syrie en mars 2019.

L'État islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux États et est accusé par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l'Union européenne d'être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction de vestiges archéologiques millénaires dans les territoires qu'il contrôle.

Selon le quotidien britannique The Guardian, citant une source anonyme, c'est derrière les murs de la prison américaine de Camp Bucca située près du port d'Umm Qasr, perdue dans le désert irakien, que les futurs leaders de l'organisation ont ébauché leur réseau à partir de 2004, en inscrivant les coordonnées de leurs codétenus sur l'élastique de leurs boxers aux fins de reprise de contact à leur sortie de prison en 2009. Richard Barret, spécialiste du contre-terrorisme, analyse que l'enfermement favorisant la radicalisation, de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein se sont retrouvés aux côtés de terroristes chevronnés d’Al-Qaïda et les deux groupes, s’ils ont des méthodes différentes, se sont découvert une communauté d’intérêt et se sont échangé leurs compétences.

L'État islamique d'Irak est créé le 13 octobre 2006 par le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak (une alliance de groupes armés djihadistes dont fait partie Al-Qaïda en Irak) et cinq autres groupes djihadistes irakiens, avec une trentaine de tribus sunnites représentant environ 70 % de la population de la province d'al-Anbar (ouest de l'Irak).

Progressivement, la branche irakienne d'Al-Qaïda est absorbée dans l'État islamique ; son chef, Abou Hamza al-Mouhajer, prête d'ailleurs serment d'allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, émir de l'État islamique d'Irak. En 2007, Ayman al-Zaouahiri annonce qu'« Al-Qaïda en Irak n'existe plus ». Les combattants de ce mouvement ont rejoint pour la plupart l'État islamique d'Irak.

Le 9 avril 2013, l'EII devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS) (arabe : الدولة الاسلامية في العراق والشام, « ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām »), parfois désigné par l'acronyme anglais ISIS ou par l'acronyme arabe Daech / Daesh (داعش), principalement par les opposants à l'EI.

L'EI est un mouvement salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c'est-à-dire un État musulman s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale.

Cette idéologie s'inscrit dans une mutation des États arabes, d'un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime baasiste de Saddam Hussein, initialement laïc, a commencé à se présenter comme le défenseur de l'islam sunnite contre l'« hérésie » chiite à partir de la guerre Iran-Irak. Cette idéologie s'est radicalisée au cours des décisions politiques des gouvernements suivants.

Les salafistes djihadistes de l'État islamique sont également qualifiés de « takfiri » ou de « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, en particulier par les chiites et les salafistes quiétistes. Des termes que les membres de l'État islamique rejettent.

L'État islamique connait également des divisions idéologiques internes. Dès 2014, apparaît le courant des « hazimistes » du nom d'Ahmad Ibn Omar al-Hazimi, un théologien saoudien emprisonné dans son pays à partir de 2015, connu pour prêcher « l'excommunication pour les indulgents ». Ses partisans réclament alors l'application du takfir (excommunication) contre ceux qui refusent ou hésitent à déclarer takfir les « mauvais croyants ». L'État islamique publie à partir de 2016 plusieurs communiqués condamnant la doctrine d'al-Hazimi et ses partisans sont qualifiés d'« extrémistes ». Le terme d'« hazimistes » est cependant généralisé par l'État islamique pour qualifier toutes les mouvances de sa dissidence radicale.

Le programme de gouvernance islamique serait axé sur trois points principaux :* développer la religiosité des masses*, *faire de la religion l'ordre social et politiqu*e, et former militairement les jeunes afin de constituer une société militarisée. Aucune place ne devant être laissée à la contestation, le but n'étant pas de gagner la sympathie des masses, mais a minima de neutraliser leur opposition et d'interdire leur rejet, le temps et les circonstances faisant qu'à terme elles n'auront pas d'autre choix que de se rallier à cette administration.

Selon Slate, l'EI forme des enfants d'à peine 6 ans à des fins militaires. L'organisation a mis sur pieds un système qui permet de recruter et d'endoctriner les enfants. Les enfants soit sont enlevés soit rejoignent « consciemment » l'organisation. Ils rejoignent après des camps d’entraînement où ils sont endoctrinés et sont formés aux maniement des armes. Les enfants servent ensuite de fantassins, de « mouchards », de kamikazes, et leur sang est utilisé pour des transfusions. Plusieurs vidéos diffusées par l'État islamique montrent l'entraînement militaire d'enfants.

Selon l'OSDH, l'État islamique recrute en Syrie au moins 400 enfants de décembre 2014 à mars 2015. Surnommés les « lionceaux du califat », les plus jeunes ont environ 8 ans, ils sont soumis à des entraînements militaires et certains participent à des exécutions de prisonniers. Arrivés à l'âge de 15 ans, ils peuvent être envoyés au front. Parmi ces derniers figurent notamment des jeunes yézidis convertis de force à l'islam. L'un d'entre eux apparaît ainsi dans une vidéo de propagande de l'EI, égorgeant un prisonnier accusé par l'organisation d'être un espion du régime syrien.

Selon l'ONU, l'EI utilise des enfants dans les attentats-suicide.

Les femmes membres de l'État islamique ne sont pas autorisées à prendre part aux combats ou à mener des attentats, malgré la volonté de certaines d'entre elles de participer à ce type d'opérations. Cependant les règles évoluent en 2017 lors de l'effondrement du « califat » : dans les derniers jours de la bataille de Mossoul, le commandement djihadiste autorise des femmes à mener des attaques kamikazes en dernier recours et le 8 février 2018, l'État islamique diffuse pour la première fois une vidéo montrant des femmes au combat.

Au cours des années 2010, l'État islamique se dote d'un service de renseignement appelé l'Amniyat, chargé du renseignement militaire, du contre-espionnage, du maintien de l'ordre public et des attaques terroristes extérieures.

L'État islamique met en place une police, appelée la « Hisba », chargée de faire appliquer la charia et qui dispose d'une branche féminine. Celle-ci prend le nom de katiba al-Khansa, du nom d'une poétesse du VIIe siècle.

Selon un rapport de Minority Rights Group International, l'EI encouragerait l'esclavage des non-musulmanes, qu'elles soient enfants ou adultes. Le viol est pratiqué comme arme de guerre, et son encouragement est utilisé pour séduire de futures recrues issues de milieux très conservateurs où le sexe hors mariage est interdit.