https://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/g8/historique.php4

Historique du G8
Bilan du G8 d'Évian

Actu-Environnement.com - Publié le 12/06/2003
Bilan du G8 d'Évian | 12 juin 2003 | Chapitre 1 / 5

C'est le Président français Valéry Giscard d'Estaing qui, en 1975, prit l'initiative de réunir les chefs d'État et de gouvernement de l'Allemagne, des États-Unis, du Japon, du Royaume-Uni, ainsi que de l'Italie à une rencontre informelle au château de Rambouillet. L'idée était que ces dirigeants se réunissent entre eux, sans une armée de conseillers, pour discuter des affaires du monde (dominées à l'époque par la crise pétrolière) en toute franchise et sans protocole, dans une ambiance décontractée.

Après le succès du sommet de Rambouillet, ces réunions devinrent annuelles, et le Canada fut admis comme septième membre du groupe au sommet de Porto Rico en 1976.

Les travaux du groupe ont évolué au fil des années pour tenir compte des besoins nouveaux et des évènements politiques.

Ce forum qui, à l'origine, était axé essentiellement sur l'ajustement des politiques économiques à court terme entre les pays participants, a adopté depuis une perspective plus générale et plus structurelle en ajoutant à son ordre du jour un grand nombre de questions politiques et sociales, en particulier dans le domaine du développement durable et de la santé à l'échelle mondiale. Le caractère informel du groupe lui a permis d'évoluer tout en restant efficace et adapté aux besoins.

Avancées des différents sommets depuis 1995

Chacun des sommets a eu ses particularités et permis au G7 de continuer à évoluer.

Le sommet de Halifax (Canada) en 1995 a débouché sur des changements importants dans le mode de fonctionnement de la Banque mondiale, du FMI et d'autres organisations internationales.

Celui de Lyon en 1996 a permis de lancer la première initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Celui de Denver, en 1997, a apporté la confirmation la plus manifeste de la fin de la guerre froide avec l'invitation historique faite à la Russie de se joindre au groupe.

En 1998, le sommet de Birmingham a été le premier du G8 ; c'est également là qu'a été adopté le principe d'une séparation entre le sommet des chefs d'État et de gouvernement et les réunions de leurs ministres des Affaires étrangères et des Finances.

Le sommet de Cologne, en 1999, a été celui de l'Initiative PPTE renforcée, avec un accord sur l'allégement de la dette de certains des pays les plus pauvres portant sur plus de 37 milliards de dollars.

Au sommet d'Okinawa, en 2000, les chefs d'État et de gouvernement sont convenus d'accorder un financement accru à la lutte contre les maladies infectieuses et ont adopté une charte sur les nouvelles technologies de l'information et le fossé numérique.

Le sommet de Gênes, en 2001, a vu la création d'un Fonds mondial de lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. Les membres du groupe y ont également été rejoints par les chefs d'État de plusieurs grands pays d'Afrique pour le lancement de la Nouvelle initiative pour l'Afrique, appelée depuis le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique). Afin de souligner le soutien accordé à ce texte important, chacun des chefs d'État ou de gouvernement a nommé un Représentant personnel pour l'Afrique.Ces derniers, en concertation avec les dirigeants africains, ont élaboré un Plan d'action du G8 soumis en 2002 au sommet de Kananaskis, texte qui a permis à chacun des membres du G8 de s'engager fermement en faveur de l'Afrique et qui a défini les domaines prioritaires en matière d'aide au développement. A Kananaskis, les chefs d'État et de gouvernement ont aussi annoncé que d'importants travaux seraient menés en matière de lutte contre le terrorisme (notamment avec la mise en place du Partenariat mondial contre la dissémination d'armes et de matières de destruction massive et l'adoption de mesures sur la sécurité des transports), de développement durable et d'accès de tous à l'éducation. Ils ont également examiné un certain nombre de questions régionales (situation au Proche-Orient, Afghanistan, relations entre l'Inde et le Pakistan).

Du G7 au G8

Le groupe a continué de compter sept membres jusqu'à ce que la Russie, présente en qualité d'observateur depuis le début des années 1990, soit invitée en 1997 à officialiser sa participation. Le premier sommet à huit a donc eu lieu en 1998. A Kananaskis, les chefs d'État et de gouvernement ont pris une décision historique en invitant la Russie à exercer en 2006 la présidence du G8 et à en accueillir le sommet pour la première fois, pour tenir compte des importants changements économiques et démocratiques qu'a connus ce pays durant ces dernières années. L'Union européenne a elle aussi rang d'observateur aux réunions du G8, où elle est représentée par le Président de la Commission ainsi que par le chef d'État ou de gouvernement du pays qui exerce la présidence de l'Union.

Des rencontres qui restent informelles

En dépit d'un agenda de plus en plus chargé, le G8 est parvenu à conserver un caractère informel et à échapper largement à la bureaucratisation. Il n'a ni secrétariat ni règlement intérieur arreté. C'est le membre du groupe dont le tour est venu d'exercer la présidence qui définit l'ordre du jour et décide de la manière la plus appropriée de traiter chaque sujet. La présidence accueille et organise le sommet, agit en tant que porte-parole du groupe pendant l'année considérée, coordonne les travaux des groupes de travail ; c'est à elle, enfin, qu'il revient d'associer aux travaux du G8 des organisations non gouvernementales (ONG), les institutions financières internationales et d'autres secteurs de la soci été civile.

Le Sommet du G8 réunit les dirigeants de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de la Russie. L'union européenne y participe également. Elle est représentée par le dirigeant du pays assurant la présidence du Conseil européen et par le président de la Commission européenne. Le sommet de 2003 à Evian a été le cinquième sommet ayant eu lieu en France, précédés par ceux de Lyon (1996), de Paris (1989), de Versailles (1982) et de Rambouillet (1975) alors que le Président des États-Unis a proposé d'accueillir le prochain sommet en 2004.

À l'occasion de cette réunion il a notamment été pris plusieurs décisions en matière d'environnement et de développement durable. Les dirigeants ont mis l'accent sur la mise en oeuvre des Objectifs de Développement pour le Millénaire et de Johannesburg, qui a été accepté au niveau international, dans les domaines suivants :

Afrique le dialogue avec les Chefs d'État africains sur le NEPAD et sur le plan d'action du G8 pour l'Afrique

Famine Pour réduire les risques de famine qui pèsent sur des millions de personnes, en particulier en Afrique, Les dirigeants se sont engagés à répondre aux besoins urgents en matière d'aide alimentaire et se sont entendus sur les mesures à prendre pour améliorer les mécanismes de prévention de la famine et la sécurité alimentaire à long terme.

Eau L'eau étant essentielle à la vie, le manque d'eau peut porter atteinte à la sécurité de l'homme. La communauté internationale doit aujourd'hui redoubler d'efforts dans ce domaine. Il faut promouvoir la bonne gouvernance, renforcer la capacité des pays bénéficiaires d'une aide à adopter des politiques de l'eau appropriées et orienter les ressources financières vers le secteur de l'eau de manière plus efficace et plus efficiente afin d'atteindre les objectifs de la Déclaration du Millénaire et du Programme de mise en oeuvre du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, et d'inverser la tendance actuelle à la dégradation de l'environnement grâce à la protection et à la gestion équilibrée des ressources naturelles.

Les dirigeants ont pris l'engagement de jouer un rôle plus actif dans les efforts déployés à l'échelle internationale pour atteindre ces objectifs, sur la base du consensus de Monterrey et des conclusions du troisième Forum mondial sur l'eau et de la Conférence ministérielle qui se sont tenus au Japon en mars 2003.
En s'appuyant sur cet acquis et en répondant aux besoins et priorités des pays partenaires, Ils adopteront les mesures suivantes, individuellement et/ou collectivement, en tenant compte plus particulièrement de l'importance d'une bonne gestion de l'eau en Afrique, en appui au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.

Santé

Ils se sont mis d'accord sur les mesures suivantes :
- Renforcer le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ainsi que les autres actions multilatérales et bilatérales, notamment en participant activement à la conférence internationale des donateurs et des partenaires qui se tiendra à Paris en juillet
- Améliorer l'accès aux soins, et à des médicaments et traitements à un prix abordable, dans les pays pauvres
- Encourager la recherche sur les maladies qui affectent surtout les pays en développement
- Mobiliser les fonds supplémentaires nécessaires à l'élimination de la poliomyélite d'ici à 2005
- Améliorer la coopération internationale pour lutter contre les nouvelles épidémies (ex : SRAS)

Financement du développement Ils ont réaffirmé leur engagement à répondre au défi de la pauvreté dans le monde ainsi que leur soutien aux Objectifs de Développement pour le Millénaire et au consensus de Monterrey et ont noté que la réalisation de ces objectifs ambitieux nécessite des efforts considérables de la part des pays développés comme des pays en développement, notamment des ressources financières accrues.

Dette Ils ont réaffirmé leur soutien à l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) lancée lors du Sommet de Cologne.

Science et technologie pour le développement durable

Ils reconnaissent la nécessité de soutenir le développement de technologies plus propres, plus durables et plus efficaces, comme le souligne le plan de mise en oeuvre du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD). La coopération dans le domaine de la recherche scientifique sur les technologies de transformation peut permettre d'améliorer la santé publique en réduisant la pollution et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour traiter le problème du changement climatique mondial. Les pays doivent optimiser l'utilisation des ressources naturelles, notamment par le recyclage.
Ils concentreront leurs efforts sur trois domaines qui sont porteurs d'un fort potentiel de progrès : coordination des stratégies mondiales d'observation ; utilisation plus propre, plus durable et plus efficace de l'énergie ; développement durable de l'agriculture, productivité et préservation de la biodiversité.

A/ Renforcement de la coopération internationale sur l'observation du globe
- Instaurer une étroite coordination de nos stratégies respectives d'observation du globe durant les dix prochaines années ; identifier de nouvelles observations à effectuer pour réduire au maximum les données manquantes
- S'appuyer sur les travaux existants pour produire des données fiables sur l'atmosphère, les sols, l'eau douce, les océans et les écosystèmes
- Améliorer la collecte et l'archivage de ces données partout dans le monde et combler les lacunes des systèmes existants en matière de couverture
- Favoriser l'interopérabilité et l'échange mutuel de données
- Élaborer un plan de mise en oeuvre afin d'atteindre ces objectifs d'ici la prochaine réunion ministérielle qui se tiendra au printemps à Tokyo

  • stimuler la recherche fondamentale dans les énergies renouvelables, telles que l'énergie solaire photovolta•que, les éoliennes off-shore, les prochaines générations de turbines éoliennes, l'énergie marémotrice et géothermique, la biomasse ;
  • coopérer dans le domaine de l'échange des résultats de la recherche, le développement et le déploiement des technologies émergentes dans ce domaine ;
  • travailler à rendre moins coûteuses les technologies utilisant les énergies renouvelables ;
  • participer à la Conférence internationale sur les énergies renouvelables qui se tiendra à Bonn au printemps 2004 .
  • renforcer la coopération internationale et l'échange d'informations dans la recherche pré-concurrentielle, selon le principe de la réciprocité pleine et entière, par l'intermédiaire de l'AIE et d'autres organisations existantes ;
  • travailler avec le secteur industriel pour lever les obstacles qui empechent les véhicules à pile à combustible de devenir compétitifs en termes de prix, et s'efforcer d'atteindre cet objectif dans les vingt années à venir ;
  • accélérer, au sein des organisations existantes, l'élaboration de codes et normes internationalement reconnus ;
  • travailler ensemble pour faciliter l'utilisation des technologies de l'hydrogène sur nos marchés et sur les marchés d'autres pays, notamment par le développement d'infrastructures .
  • soutenir le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture en concluant la négociation d'un accord-type de transfert de matériels afin de faciliter l'accès aux ressources phytogénétiques pour la recherche et le développement agricoles, ainsi qu'un partage équitable des bénéfices tirés de leur utilisation ;
  • appuyer les efforts déployés pour assurer le financement de la conservation des ressources génétiques dans le cadre des priorités définies par la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture .
  • soutenir le rôle essentiel du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale en matière de diffusion de la recherche agricole, ainsi que celui du Forum mondial sur la recherche agronomique, d'autres organisations régionales et nationales de recherche agronomique et des partenariats de recherche Nord-Sud et Sud-Sud ;
  • soutenir les actions destinées à fournir aux plus défavorisés en milieu rural, en particulier en Afrique, des technologies adaptées aux conditions économiques, sociales et environnementales locales, y compris par des partenariats public-privé .

Ceux d'entre eux qui ont ratifié le Protocole de Kyoto réaffirment leur détermination à le voir entrer en vigueur. À ce sujet, Jacques Chirac a apporté les précisions suivantes :
"En ce qui concerne l'environnement, nous avons traité de la lutte contre le changement climatique et, notamment, nous avons réaffirmé dans le communiqué final que ceux qui ont ratifié le protocole de Kyoto sont bien déterminés à le mettre en oeuvre. Nous avons évoqué et pris un certain nombre de décisions concernant la protection des océans, mais aussi la protection des forets, la biodiversité et la sûreté nucléaire. Dans ces domaines concernant l'environnement, je voudrais souligner, comme je l'ai fait hier mais je le redis, l'importance de l'engagement et la clarté de la détermination exprimés par le Premier ministre du Japon."

Exploitation forestière illégale Dans la perspective d'une exploitation durable des forêts, Ils ont réaffirmé leur détermination à renforcer les efforts internationaux pour remédier à l'exploitation forestière illégale.

Environnement marin et sécurité maritime Le développement durable et la lutte contre la pauvreté à l'échelle mondiale nécessitent une gestion plus durable et un meilleur équilibre des océans et des mers. Le secteur de la peche constitue la principale source de protéines d'un milliard de personnes, et donc un moyen de subsistance majeur : il fournit quelque 5 à 10 % des ressources alimentaires mondiales. Or, le milieu marin est soumis à une pression croissante. Le déclin de la biodiversité marine et la réduction des stocks de poissons sont de plus en plus préoccupants, tout comme l'utilisation de pavillons de complaisance, en particulier par les navires de peche, comme moyen d'éviter de prendre des mesures de préservation. Le récent naufrage du ''Prestige '' a montré une fois de plus la nécessité d'améliorer la sécurité des pétroliers et la prévention de la pollution.
Les chefs d'Etat et de gouvernement du G8 se sont prononcés pour un renforcement des contrôles des navires, afin d'éviter enfin la réédition de catastrophes telles que le naufrage du pétrolier Prestige.
Les Huit sont ''convenus de prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées pour renforcer la sécurité maritime internationale '', indiquent-ils dans une déclaration publiée au deuxième jour du sommet du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Russie).
Le G8 annonce qu'il appuiera les efforts de l'Organisation maritime internationale (OMI), notamment pour ''accro”tre les fonds d'indemnisation au bénéfice des victimes de la pollution pétrolière et réviser le régime d'indemnisation international ''.
Les dirigeants du G8 souhaitent également, dans le cadre de l'OMI, ''appuyer les efforts visant à améliorer la formation des marins, y compris les qualifications minimums obligatoires ''.
Les Huit déclarent qu'ils ''appuieront également les efforts pour faire aboutir une nouvelle convention renforcée sur les normes du travail en mer dans le cadre de l'Organisation internationale du travail ''.
Ils souhaitent enfin ''procéder à une nouvelle accélération dans l'élimination progressive des pétroliers à simple coque '', comme les pétroliers Erika et Prestige.
Le pétrolier maltais Erika avait fait naufrage le 12 décembre 1999 au large des côtes bretonnes provoquant une vaste marée noire le long des côtes atlantiques françaises.
Le pétrolier Prestige, qui a sombré le 19 novembre 2002 après 6 jours de dérive en mer, avait provoqué la pire marée noire sur les côtes de Galice et du Pays basque.

Sûreté nucléaire Conformément à leur déclaration de Kananaskis, ils ont créé le groupe du G8 sur la sûreté et la sécurité nucléaires et adopté son mandat ainsi que les principes fondamentaux admis par chacun d'entre eux, ceci afin de favoriser la sûreté et la sécurité dans l'utilisation de la technologie nucléaire civile.