Cela devait faire deux bonnes heures que nous courrions dans les bois afin d'échapper à ces hommes vêtus de cagoules et armés jusqu'aux dents. Mes yeux me brûlaient et j'avais de plus en plus de mal à rester debout. Ma sœur elle, s'était déjà arrêtée plusieurs fois pour vomir. Ce fichu virus !
Il commençait à faire nuit et nous n'étions plus suivies. Il fallait à tout prix qu'on trouve un endroit où s'abriter pour la nuit. D'ailleurs je connaissais une cachette parfaite. Je suivis les pierres moussues que je voyais chaque été et je finis par atterrir devant la porte d'un sous-sol. On y entra en se hâtant.

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Un ancien Bunker où l'on aimait jouer à l'intérieur pendant l'été.

Depuis trois mois maintenant une épidémie était arrivée dans les villes. Elle se propagea ensuite dans les villages puis vers les côtes maritimes. Ainsi, les autres continents furent touchés. Ce virus, était transmis par les animaux par le simple contact de la peau. Au début personne ne le savait, c'est pour cela qu'il y eu tant de morts le premier mois. Le second mois, des scientifiques avaient confirmé une hypothèse comme quoi les poils des animaux transportaient le virus sans les rendre malade. Mais pourtant dès que celui-ci touchait le corps d'un humain, il contractait dans la journée qui suivait la maladie et dans la quasi-totalité des cas, mourait. D'autant plus que les humains ne sachant pas qu'ils avaient été contaminés, donnaient à leurs tours le virus à leurs familles et amis. Rares sont les cas qui survivaient à cette contagion mais aucun n'avait plus d'une dizaine d'années. Le gouvernement avait donné pour ordre d'éliminer toute personne atteinte de la maladie afin d'éviter la propagation du virus. Ainsi, toute personne contractant les symptômes de la maladie telle qu'une forte fièvre, des douleurs gastriques, des vomissements, des irritations cutanées ou une conjonctivite étaient abattus sur le champ par l'armée.
Ma sœur et moi étions sur le chemin du retour de la boulangerie quand un chasseur apeuré aux yeux irrités vint nous demander de l'aider tout en nous attrapant les bras. Horrifiées nous dégagions nos bras des mains de cet homme et partirent en courant pour rentrer chez nous. Nous n'en parlions pas à nos parents tout en évitant de les toucher. Quand ils virent le lendemain en nous réveillant que Jane était recouverte de plaques rouges et que le blanc de mes yeux avaient viré au rouge, ils s'en rendirent compte. Ma mère ne cessait de pleurer alors que mon père faisait les cent pas pour trouver une solution, nous décidions avec Jane que nous devions fuir pour ne pas poser de problèmes à nos parents. C'est ainsi que nous prîmes le nécessaire dans nos sac-à-dos et partions sans faire nos adieux. Lorsque nous étions en direction de la forêt, des militaires au loin nous interpellèrent et nous demandèrent de nous arrêter. C'est à ce moment précis que nous avions commencé à courir.
Maintenant nous sommes là, dans un petit bunker à l'abris de tout ce qui est à l'extérieur. Malgré cela, Jane vint à mourir deux jours plus tard. Pourtant, je ne versa aucune larme. Ce fut seulement quelques jours plus tard, après l'avoir enterrée dans la forêt malgré les difficultés, seule, sous la neige et le froid de janvier que tous mes sentiments refirent surface et me dévastèrent.

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Les premiers flocons frôlent délicatement les branches des grands chênes majestueux.

Les jours passèrent, la fièvre et la conjonctivite disparurent. Je fus étonnée de ne pas avoir péri comme tous les autres. Je devais sûrement faire parti des rares cas qui avaient survécu. Je décida, prise d'un élan de joie, de retourner chez moi une fois la nuit tombée. Je ne pouvais pas rester plus longtemps ici, je n'avais plus de quoi me nourrir.
Le soleil était tombé depuis un bon moment déjà. Etant trop jeune pour avoir un téléphone et ayant cassé ma montre lorsque je courrai pour fuir, je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était. Jane était toujours là pour m'aider, c'était elle la plus âgée. Elle avait 15 ans et moi 8. On m'avait toujours dit que j'étais plus autonome que je le devrais pour mon âge. Ma mère, elle, avait à chaque fois des pointes au cœur lorsque je refusai son affection. Je n'en avais pas besoin mais je crois que maintenant si.
Je pris mon courage à deux mains, saisi mon sac à dos et sorti du bunker. La pleine lune éclairait la forêt, de ce fait je voyais étrangement bien. En entendant tous ces bruits qui venait de part et d'autre de la forêt, j'accéléra le pas. Pour me réchauffer, je commença même à trottiner. Au bout d'un certain temps j'arriva enfin à la lisière de la forêt. Les maisons dégageaient une lumière qui réchauffa mon cœur aussitôt. Je vérifia que personne n'était dehors et couru à toute vitesse chez moi sans prendre le temps de toquer.

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❄❄

Lorsque je me retourna après m'être précipité pour pour refermer la porte derrière moi, quelqu'un à la voix familière m’appela.

- Eléanore ? Où t'étais passée ?! S'exclama soudainement mon grand-frère surpris de me voir. Je n'eu pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il me pris dans ses bras et me serra aussi fort qu'il le pouvait. Aussitôt je pleura de joie, heureuse de le retrouver.

- Mais Thibault, t'étais pas à ton travail de militaire ? Demandais-je tout en le regardant les yeux remplis de larmes.

- Si, mais dès que j'ai appris qu'il y avait un virus, j'ai eu peur pour vous tous et je suis venu... Maman et papa m'ont dit au téléphone que vous étiez partie parce que vous étiez contaminée mais c'est faux ! Tu vas bien ! Et d'ailleurs, elle est où Jane ?

Quand il me posa cette question avec tellement d'espoir dans le regard, je ne pu retenir à nouveau mes larmes.

- Jane elle est morte ... Dans la forêt avec moi... J'ai réussi à l'enterrer en grattant la terre avec un morceau de bois.

- Non ... Oh je suis tellement désolé Eléanore ! Me souffla-t-il tout en me prenant à nouveau dans les bras.

- Maman elle est où ? Je veux voir maman ! Elle dort ? Demandais-je soudainement en le poussant pour monter les escaliers et aller voir ma mère dans sa chambre. Je courrais dans les escaliers alors que Thibault tentait de me rattraper.

- Maman ! Je suis revenue ! Je suis plus malade ! Criai-je tout en ouvrant sa porte. La seconde d'après, je resta figée. Je pouvais voir deux corps sur le lit cachés sous une couverture fine qui laissait voir les silhouettes des personnes.

- Maman ? Murmurai-je.

- Eléa, reviens ! Tu n'as pas à voir ça ! Répliqua-t-il, mais c'était trop tard. Je venais de voir mes parents, sur leurs lits, morts. Je n'ai jamais eu aussi mal au cœur de toute ma vie même. Je poussa un cri aigu et tomba à genou. Les larmes ne cessèrent de couler, jusqu'à que je réussisse à m'endormir de fatigue.