Karl

Il faisait partie de cette génération où l'on s'adapte en dépit de s'épanouir. Il en était l'exemple même, devenu expert en terme de manipulation, jeune homme à femme préférant assouvir ses désirs sexuels avant son ataxarie.

En soi nous pourrions affirmer qu'un nombre excessif d'adolescents font ce même choix, mais simplement à défaut de comprendre le monde qui les entoure. Lui comprenait, lui faisait semblant de s'accommoder avec tout ceci. Il s'était créé un deuxième lui; il y avait celui des autres, et celui qu'il était avec moi.

Je l'ai croisé pendant des années, sans jamais prêter attention à sa personne. Il était là, il faisait sa vie et moi la mienne. Rien ne nous liait, d'apparence nous étions aux antipodes.
Regardez autour de vous, combien de gens vous entoure sans que vous les connaissiez? Que ça soit au collège, au lycée ou que sais-je encore, ça en devient incommensurable. Dans cette foule, les trois quarts seront des gens banaux à vos yeux, sans grande importance et d'intérêt négligeable. Mais une de ces personnes sera différente, tout comme vous l'êtes.
Karl était cette personne. Nous nous comprenions d'une manière aussi terrifiante que rassurante.

Nous nous sommes échangé quelques mots de manière anodine dans un premier temps, puis la conversation a naturellement changé. Elle devenait profonde, ce genre de conversation dont on sort grandit, ce même genre de conversation qu'on préfère parfois éviter afin de ne pas affronter des réalités trop dures à endosser. J'avais peur. Je cachais beaucoup de choses aux autres, même à mes ami(e)s les plus chers. Je n'articulais aucun mot, il décelais déjà mes failles. Et vice versa.

Karl lui était torturé par de vieux démons. Essayant de passer outre en enjolivant artificiellement sa vie d'une manière X ou Y. Alors il enchainait les conquêtes d'un soir, d'une semaine ou deux pour les plus chanceuses. Que dis-je, pour les plus belles. Car oui, il ne sortait qu'avec des filles tout aussi délicates que charmantes, il se réservait ce privilège. Karl n'était pas le plus beau de tous, mais il savait avoir ce truc qui les faisait craquer.
J'étais dans les coulisses de sa vie, j'agissais dans l'ombre. N'étant pas du genre à exposer ma vie publiquement cela ne me posais pas de problème. Je voyais l'envers du décor, la face que personne n'arrivait à percevoir chez lui. Comment ces individus auraient-ils pus s'ils ne s'intéressaient pas vraiment à lui? Ils n'étaient là que pour l'image qu'il était devenu, tel un accessoire. Voilà ce qu'il représentait aux yeux des gens, un vulgaire ornement. Il me disait qu'il ne souffrait pas de cette situation... Et devinez quoi? Comédie.

Ce mot définissait l'entièreté de sa vie. Il