Un homme, admiratif, assis dans l'herbe orange d'un coucher de soleil. Son fils, jouant avec les pissenlits, un sourire aux lèvres. Au fond du jardin, le ruisseau laissant entendre ses murmures dans l'air frais de la nuit approchant.

La paix silencieuse d'un moment de contemplation dans la tiédeur d'une fin d'après-midi. Des instants passés hors du temps et la sensation d'une douce moiteur s'imprégnant dans les vêtements. Soudain, comme si le temps s'écoulait à nouveau, comme si la course de l'aiguille sur le cadran avait repris, la douce voix d'un enfant se propagea dans l'air.

"-Papa ?

-Oui ?

-Tu crois qu'il y a un monde sur les nuages ?"

Une question innocente portée par les pensées d'un petit garçon.

"-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Y a des gens qui vivent là-haut, dans les nuages ?

-Là-haut, c'est le Royaume des oiseaux mon fils.

-C'est comment ?"

Les deux personnages, les yeux levés vers le ciel s'assombrissant, regardent la sphère orange disparaitre sous la ligne de l'horizon.

"-C'est grand, très grand; c'est là où les oiseaux se reposent. Il y a des nuages comme du coton et des étoiles de la taille de paillettes. Il y a le ciel aussi.

-Le ciel ? C'est là où maman habite maintenant non ?

-...

-Tu crois qu'elle est bien au Royaume des oiseaux ?

-Oui, sûrement."

Le soleil éclairait maintenant le jardin d'une lueur intensément orangée.

"-Elle peut nous voir d'ici tu crois ?

-Peut-être.

-Et elle nous entends ?

-Seulement si tu cries fort !"

Le garçon se leva et, se dressant sur ses jambes, il cria.

"-Maman ! C'est moi, tu vas bien là-haut ? Papa m'a dit que t'étais au Royaume des oiseaux, c'est très beau là-bas papa m'a dit. Tu me manque, j'aimerai que tu revienne ici, avec nous. Mais papa m'a dit que c'était pas possible. Papa raconte pas les histoires comme toi, il mime pas les personnages comme tu le fais toi. Mais c'est pas grave parce que quand je boude il me dit des blagues...

Son monologue avec les nuages dura encore dix minutes.

-...Je t'aime maman."

Quand il eut finit, il regarda, la tête en l'air, le ciel qui se déroulait devant lui.

"-Pourquoi elle me répond pas ?

-Peut-être qu'elle dort.

-Bonne nuit maman ! cria t-il

-Allez, va dans ton lit, c'est l'heure de dormir.

-Tu me lit mon histoire avant ?

-Oui, j'arrive."

Une dernière fois, l'enfant regarda le ciel puis rentra.

C'est alors à ce moment là, au dernier rayon émit par l'astre que l'homme se leva, embrassa sa main et l'éleva vers le ciel.

"-Bonne nuit mon amour."

Alors le ciel s'assombrit et la nuit tomba comme un rideau de satin noir sur la paisible journée d'été.