J’étais assise à une terrasse de café aussi banale soit-elle à Aix en Provence, ville qui est chère à mes yeux puisque j’y ai grandi. C’était un matin de novembre, le 1er novembre, jour de la Toussaint. Comme cette année c’est tombé un mercredi ça me donne un petit répit dans la semaine, profitant du froid et de la quiétude qui allait surement régner dans le centre ville d’Aix, je me suis installée à une terrasse. J’ai descendu le cour Mirabeau pour rejoindre la Rotonde, et c’est vers 8 heures du matin que j’ai investi la terrasse chauffée mais déserte du restaurant La Rotonde. J’y avais pour but d’écrire ma prochaine chronique pour le journal de mon école. Diplômée depuis seulement deux ans du baccalauréat, j’ai cherché ma voie en m’inscrivant en droit à l’université d’Aix mais après un semestre à aller en cours pour avoir des numéros plus que pour apprendre le code civil, j’ai pris la décision de changer de cursus.
C’est donc assise à la terrasse de ce restaurant que j’ai commencé à écrire ma chronique, pour l’école de journalisme que j’avais intégrée en octobre. C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée dans cette école, mais maintenant que j’y suis je suis contente.
Sauf quand je dois écrire des chroniques, cette semaine c’est à moi de m’y coller et le thème est porté sur les soldes, on est d’accord que ça n'enchante personne. Etant super à la bourre pour rendre mon papier, je me suis forcée à aller dans un endroit neutre où je l’espère je n’aurais pas été distraite. C’était sans compter sur Harley, ce n’est autre que l’homme qui m’a fait faire les pires folies, celles que je n’aurais jamais imaginées faire jusqu’à présent.

*

Je griffonnais et je raturais sans cesse, cela devait faire peut-être deux heures que j’étais assise sur cette chaise, sans trouver quoi que ce soit de percutant pour ma chronique. C’était définitivement un exercice que je n’aimais pas pratiquer, la Rotonde avait retrouvé ses couleurs et sa gaieté aux alentours de midi, mais le froid tétanisais les aixois qui en temps normal aiment tant les terrasses. Alors que j’avais enfin trouvé ma phrase d’accroche pour tenir en haleine mes auditeurs durant ma chronique j’ai entendu :
Je peux m’asseoir?
J'ai levé la tête incrédule et un poil agacée par le dérangement durant mon travail si fructifiant. Il était grand, brun avec les yeux noirs, il ne me souriait pas et attendait sa réponse.
J’ai commencé par balbutier une réponse agressive, avant de me raviser après tout il n’avais pas l’air méchant. Mais avec le peu de fréquentations qu’il y avait aux terrasses aujourd’hui il aurait pu s’abstenir et me laisser profiter de la vue. Seule. Je me suis résignée et j’ai répondu poliment.
Il y a plein d’autre place ailleurs, et je travaille je ne serai pas de bonne compagnie.
C’est à ce moment que j’ai cru voir un tressaillement au coin de ses lèvres. Il m’a alors rétorqué avec la plus grande insolence du monde.
Oh je ne veux pas de votre compagnie, c’est que les terrasses sont tellement bondées par ce temps polaire que j’ai dû braver ma timidité et vous demander une petite place, car il n’y en a plus nulle part.

Je suis restée incrédule sur place, sans savoir quoi dire, j’ai donc souri et je lui ai fais signe de venir s’asseoir. La situation m’a tellement déconcertée que j’avais perdu le fil de ma chronique, je n’ai réussi à me concentrer et à reprendre le fil seulement au bout de dix minutes. Mais quelque chose me dérangeait, je sentais son regard sur ma feuille comme si il cherchait à lire ce que j’écrivais. J’ai décidé de lui parler, tant qu’à faire je peux bien faire la conversation, il s’est installé à côté de moi ce n’est pas pour rien. Comme si il avait lu dans mes pensées, il paya son café crème et parti non sans me dire au revoir pire encore, il me fit juste un sourire et parti de sa démarche chaloupée.
*

Deux jours, ça fait maintenant deux jours qu’il est venu à ma table et qu’il a réussi à s’immiscer dans ma tête. Je n’en ai parlé à personne, a quoi bon puisque son intervention s’est avérée stérile, au final nous ne nous sommes pas parlés. Et en attendant ma chronique n’a pas tellement avancé, je décide de retourner en centre ville vendredi midi après mes quatre heures de cours de ce matin. En marchant vers la Rotonde je me remémore l’instant un peu surréaliste que j’ai vécu il y a deux jours, et pour défier le destin je décide de m’installer tout en haut du cours Mirabeau à l’opposé de la Rotonde, au moins je serai tranquille. Pas d’inconnu pour venir me déranger et surtout pour ne pas me parler.
Une fois installée « Aux deux garçons » je commande mon thé et je commence à écrire en m’efforçant de ne pas penser à l’inconnu de la terrasse. Après deux heures à raturer et noircir ma feuille, je tiens ma chronique. Elle est un peu bancale, mais au moins j’arrive à me faire sourire. Alors que j’étais en train de ranger mes affaires, mon téléphone sonne c’est Alexia mon binôme à l’école de journalisme.

Je suis occupée Alex, qu’est-ce qu’il y a ?
Tu l’es toujours, alors tais-toi et écoute moi ! Ce soir je passe te chercher à 20 heures chez toi, tu te fais belle mais pas trop et on va faire la fête sur une péniche.
N’étant pas une grande fétarde contrairement à Alex, je m’étais plutôt prévu une soirée tranquille dans mon appartement en compagnie de mes meilleures séries. Sans parler de la déception de ne pas avoir revu l’inconnu de la terrasse.

Vraiment Alex, j’ai du retard sur mes séries j’ai pas envie de me taper toute la route jusqu’a Marseille pour avoir froid sur une péniche.

Pendant que j’attendais la réponse d’Alexia, j'avais déjà parcouru la moitié du cours Mirabeau et lorsque je tourne la tête non sans espoir vers la terrasse où j’étais assise deux jours plus tôt et là je l’ai vu.
J’entendais Alexia en bruit de fond, mais je lui ai dit que je la rappelais et sans lui donner l’opportunité de contester j’ai raccroché.
Il avait l’air d’attendre quelqu’un, mais d’un pas décidé je me suis dirigée vers lui et j’ai joué au même jeu que lui.
Il n’y a pas tant de monde que ça sur la terrasse, mais j’aimerais m’asseoir à votre table.
Un peu étourdi et surpris il a juste souri et poussé la chaise pour que je puisse m’asseoir à côté de lui. J’ai poursuivi

-Pourquoi ?
J’avais envie de venir vous voir, vous sembliez tellement concentrée que je n’ai pas pu résister à l’envie de vous embêter.
C’était à mon tour d’être surprise.
Vous m’avez dérangée, mais pourquoi ne pas m’avoir parlé?
Parce que l’on aurait rien à se dire aujourd’hui sinon, a t-il glissé dans un sourire.
J’étais de plus en plus désarçonnée, Alexia m’harcelait et mon bus n’allait pas tarder à arriver. Comme la dernière fois, j'ai eu l’impression qu’il lisait dans mes pensées. Alors que j’allais prendre les choses en main il est sorti de son demi silence.
Je pars à l’étranger pour trois jours, j'ai 28 ans, j’ai un prénom de moto et j’adore Johnny Hallyday. Tu devrais déjà être en train de courir prendre ton bus.
J’avais à peine tourné le regard vers mon bus en train de partir que j’avais sur mon carnet posé sur la table, son numéro de téléphone.

Au cinquième appel d’Alexia j’ai répondu.

*

Oui?
Qu’est-ce que tu as foutu, je t’ai appelé au moins 30 fois.
Oui désolée, j’ai dû courir pour avoir mon bus.
Ok, pas grave, bon tu viens avec nous ce soir ?
Résignée je me suis entendue dire oui. Je suis rentrée chez moi avec une seule envie lui envoyer un message, mais la raison m’en dissuada. Malgré le fait qu’a plusieurs reprises mes doigts brulaient d’envie de le contacter geste que j’aurais aussitôt regretté.
Je me suis donc mis en tête de me préparer pour la soirée à venir.

*

A 20h pile, Alex klaxonna devant chez moi, j’étais déjà prête une minute de plus et je pense que j’aurais envoyé un message à l’inconnu de la terrasse.
La musique à fond et super déterminée à s’amuser Alex m’accueilli avec un énorme sourire, sa bonne humeur est contagieuse, je me détends un peu et j’arrête de penser a.. à qui d’ailleurs ? Je n’ai pas très bien compris son allusion à la moto, mais bon peu importe je m’amuse ce soir.

Le lendemain j’ai mal à la tête, comme d’habitude avec Alex on va trop loin en soirée. On se dit qu’on va boire que quelques verres et au final on s’amuse tellement qu’on boit sans s’en rendre compte. Même si l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, pour le coup hier soir on a bien amoché notre santé.
J’ouvre les yeux, je mets quelques minutes à me rendre compte où je suis. Dans ma chambre, je tourne la tête je vois Alex qui exprime son corps dans un sommeil super profond. Je pouffe et lui lance un oreiller sur la figure.
Mmmmmmmh, laisse moi j’étais en plein rêve.
Ah ouais? et tu rêvais de quoi? Les rêves d’Alex sont toujours farfelus.
je rêvais que je nageais nue dans une piscine de Tequila figure toi, et c’était super agréable.
Je n’ai pas pu réfréner un fou rire. Et elle m’a suivie dans mon fou rire, même si je ne la connais pas depuis longtemps, je sais qu'Alex va devenir une amie importante.
On a passé notre dimanche à décuver, et à regarder des séries. Le soir venu on s’est rappelé qu’on avait des articles à finir, on a travaillé ensemble jusqu’au minuit. Enfin on a « travaillé » parce qu’il me semble que vers 23h30 on avait nos têtes écrasées sur nos claviers d’ordinateurs.