Il y a toujours eu cette maison, dans mon village, mi-habitée mi-inhabitée, du moins c'était ce que je pensais dur comme fer...

C'était toujours pareil, les Samedi et Dimanche midis, quand je passai devant cette grande bâtisse j'avais cette désagréable et fulgurante impression d'être toisée, scrutée de tous côtés.
C'était certes inaccoutumé mais j'oubliais souvent cela arrivée chez mon amie, Zore Mery. À vrai dire j'oubliais souvent un bon paquet de chose. D'après ma mère, j'excédais dans l'art de la nonchalance et de la désinvolture et que, pour couronner le tout, j'avais l'attitude de quelqu'un qui ne s'intéressait à pas grand-chose sauf à ses séries.
Pour faire court, j'étais une je m'en foutisme dans l'âme.

Aujourd'hui, Samedi, j'enfilai ma veste en jean mis mes chaussures et sortis dehors, comme chaque week-end, en humant l'air frais qui fit doucement palpiter mon cœur. J'adorai être dehors, c'était... vital, indispensable pour moi et mes pensées défectueuses d'adolescente en pleine phase de construction de soi.

C'était essentiel de pouvoir profiter de cette liberté qui s'offrait à moi, grandiose magique. En toute franchise, c'était en quelque sorte mon échappatoire, à moi seule. La musique s'enclencha dans mes écouteurs et je me mordis inconsciemment la lèvre inférieure en laissant naître un doux sourire arboré mes lèvres. C'était ma chanson préférée, 4000 îles de Fauve. Je mis les mains dans mes poches et avançai en prenant soin de bien rester sur le trottoir. Mourir sous une voiture n'était décidément pas une mort pour moi.

Je marchai encore et encore ayant l'impression d'avoir fait un bon bout de chemin, quand mon regard tomba sur une paire d'iris sombre, cachée au loin, derrière un rideau fuligineux.

Je m'arrêtai net. Ma bouche s'ouvrit et se ferma à moult reprises.

C'était quoi ça !!

Merde, quelqu'un que je ne connaissais guère me fixait intensément et profondément, comme-ci...!

Putin.

Voilà à quoi se résumaient principalement mes pensées.

Cette maison, qui était soit dite en passant inhabitée depuis des années d'après les nombreux ragots du village, était en réalité habitée !?
Un frisson me parcourut l'échine. Arghh c'était limite morbide.
Le bruit d'un klaxon me fit soubresauter, j'enlevai un écouteur et m'écartai du milieu de la route pour laisser passer une voiture en m'excusant piteusement.

Je relevai les yeux prête à....prête à rien du tout en vérité et puis....plus rien, l'homme, du moins de ce que j'avais pu en déduire et entrevu, avait disparu de mon champ de vision.

Inopinément, cette maison qui semblait aussi froide et effrayante d'apparence reprit soudainement vie à mes yeux. Quelqu'un y vivait donc ! Je ne me faisais donc pas de films ou de scénarios complètement funambulesques et scurriles !
Balançant ma tête d'un côté à l'autre, je repris mes esprits et continuai ma route.

**
-On se calme la seconde six !!

En cours d'Anglais, Zore n'était pas à côté de moi comme dans la plupart des autres matières.
Elle se trouvait trois rangées plus loin, assise à côté de notre meilleur ami qui se nommait Park. Un prénom original pour un garçon original.

Mon plus grand rêve, jeunes gens avides de romantisme ? C'était de les voir un jour ensemble, s'affichant aux yeux de tous, librement, fièrement. Montrer à tous, que certes deux êtres différents pouvaient, eux aussi, vivre une histoire des plus romantiques et niaises qui soit.
Seulement, Zore semblait plus penser à Pierre et à ce genre de connerie là sans lendemain qu'à ce que pouvait imaginer mon esprit tordu.

Je soufflai une énième fois en m'affalant sur la table. Déjà que je n'avais que très peu d'amis-voire deux en vérité- voilà qu'ont me les enlevait abruptement, sans aucun ménagement, pour me refourger en arrière-plan, au fond de cette stupide classe bien trop british pour ma personne.
Ma vie était vraiment pitoyable et sans aucune once d'utilité.

Ne vous méprenez guère jeune populace. J'aimais assez bien l'anglais. Réellement. C'était une bonne et belle langue à étudier et à pratiquer mais l'anglais au lycée était tout bonnement... exécrable. Je détestais cela. Je détestais cet accent que je ne possédais guère, me narguer assidûment dès lors que j'entendais des écoutes so british en classe me rendait folle dingue.

Mais -parce que ouai y avait toujours un mais dans ma vie- il y avait bien une chose que je détestais plus que l'anglais au lycée; c'était la bande de garçons devant moi, riant comme des baleines, alors que la prof s'acharnait à garder un certain calme dans la classe : Alex, Alan & Amir.

La bande des trois A, comme aimaient tant les prénommer les autres lycéens.

B O R D E L.

Ils me gonflaient à un point tel que je ne pouvais juste plus les encadrer en cadre, en photo, en vidéo...Bref, tout dans leurs personnalités m'énervais au plus haut point:

-Leurs stupides remarques à deux balles, volant pas plus haut que ma minuscule taille (deux pommes quoi).
-Leur humour de merde, tels des beaufs dans une buverie un dimanche matin commandant du Ricard-placement de produit salut-
-Leurs comportements de gros connards auprès de la gent féminine. Le pire c'était qu'il s'en ventait, j'entendais tout dû à ma place. Je me trouvais juste derrière eux.

Bon, en vérité c'était surtout cela, car ces braves messieurs -du moins gamins comme pas possible- étaient populaires. Vraiment populaires comme jamais, dans la hiérarchie du lycée.

En bref je ne pouvais pas me les voir; même si mes excuses étaient bidons et gratuites je n'en avais cure.

Mais inéluctablement eux, étaient regroupés ensemble dans un coin de la classe, tout content, tout sourire ! Quel favoritisme à deux balles ! Tout ça parce qu'ils étaient bien gaulés, on leur permettait tout à ces trois cons ! Surtout Amir. Arghh. En parlant du loup maudit.

Amir se retourna vers moi et passa une main dans ses cheveux châtain clair, légèrement bouclés vers le devant, et me fixa avec intensité tout en ouvrant la bouche. Au départ, sa stupide connerie ne sortir guère de sa bouche, il la referma gêné au plus haut point, puis se pinça les lèvres en plissant légèrement les yeux.
Je levai les sourcils, qu'est-ce qu'il voulait ? Il rouvrit la bouche et essaya d'oublier ce moment terriblement gênant

-Yo Dyna ça va ? J'ai entendu dire que t'avais vu quelqu'un dans la MSH ?

MSH: maison super hanté.
Qui dans ce lycée ne connaissait pas cette maison ? Elle faisait flipper et fantasmer tout le monde, voire même les profs.

-Dis-moi Amir.

Je me rapprochai de son visage, et vis ses joues légèrement rougies par cette action

-Est-ce que je t'en pose moi des questions ? Occupes-toi de ton cu sérieusement !

Oui oui oui oui, j'étais une parfaite connasse sans cœur. Merde ein, pas la peine d'essayer de vous expliquer le pourquoi du comment et me justifier par la même occasion.

Laissez-moi l'être, cela rendait mon temps maussade quelque peu...distrayant.

Il éclata d'un rire cristallin tout en se levant de sa chaise, convergeant ainsi tous les regards vers nous deux.

Shit.