Son visage, il avait fini par en connaître toutes les facettes. C’était toujours avec une appréhension certaine qu’il se regardait dans la glace. Non pas par peur d’y voir un jour apparaître les cernes plongeantes sous ses yeux, ou les quelques rares poils qui s’étaient laissés aventurer sur ses joues pâles. Il connaissait déjà chaque contour, chaque trait, chaque courbure de ce visage. Il avait déjà scruté avec attention tous les recoins de cette face qu’il montrait au monde.
C’était son regard qu’il craignait. Ces yeux vides, qui s’aventuraient sur la moindre parcelle de peau émergente, c’était eux qu’il voulait éviter. Il ne voulait pas y voir le dégoût que son propre portrait leur inspirait. Ce matin là encore, il craignait de se laisser distraire par son brossage de dents habituel, et de se retrouver plonger dans cette abîme qui vivait en lui. Il ne voulait pas les voir, car il savait qu’il s’y verrait ; lui, translucide, sous les néons devenus jaunâtres de sa petite salle de bain. Il savait bien que s’il se voyait encore une fois dans le reflet vide de sa rétine, il en crèverait.

Il n’avait jamais été bon en cours, très moyen au sport, plutôt passable en interaction social. II n’avait jamais été premier, ni dernier. Sa vie n’était qu’un constant fleuve au flot navigable. Il n’avait pas la rage d’une mer d’hiver qui s’agite à faire tanguer des navires entier, ni le calme d’un ruisseau qui se laisserait enjamber par quelques promeneurs en promenades. Il était un fleuve. Peut être une rivière.

-M.a