Cette soirée est naze.

Assise à côté de Sarah sur un tabouret au comptoir, je dévisage le dragueur qui tente un rapprochement en face de moi. Il s’approche tel un loup chassant sa proie. C’est ce que j’aurais dit s’il était un minimum à mon goût.

Sa manière de me regarder me montre à quel point il n’a pas envie d’être là. Je suis persuadée que ses amis l’ont mis au défi de venir me parler.

— Tu lui as tapé dans l’oeil, déclare Sarah en me le montrant d’un signe de tête.

Le son de la musique fait vibrer les murs tandis que les danseurs se frottent à leur partenaire.

— Laisse-moi rire, regarde-le bien, il n’a pas l’air d’avoir envie de venir me voir. Et ses amis derrière-lui qui ricanent pensent que je ne comprends pas la situation.

Sarah pouffe de rire, ce qui attire le regard du maigrichon. Il me fait de la peine, ses jambes ressemblent à des baguettes, il me suffirait de les plier en deux pour les casser. Il bouscule un robuste gaillard planté au milieu de la piste de danse.

Ce dernier se retourne vers le jeune homme aux cheveux bruns avant de lui infliger un coup de poing dans le visage. Sarah pousse un cri avant de se ruer pour aider la victime.

Quant à moi, toujours assise à ma place les jambes croisées, je regarde la scène d’un air amusant. Enfin de l’action. Je me demandais quand est-ce que les choses allaient bouger. Je saisis mon sirop et avale une gorgée sans les quitter du regard.

Sarah est agenouillée au sol et une foule de monde commence à s’amasser autour d’eux. Il faut quelques secondes pour que mon amie ne soit plus dans mon champs de vision. Je décide de me lever et de me diriger vers eux.

Un cri retentit. Le sourire qu’affichait mon visage disparaît en reconnaissant la voix. Sarah. Paniquée, je cours vers la foule. Tout en criant son prénom, j’essaye de me frayer un chemin. Au centre de la scène, j’aperçois avec effroi que le gars qui a donné un coup de poing au maigrichon essaye d’étrangler mon amie. La tenant par la gorge, il serre ses mains de toutes ses forces pour ne plus laisser une once d’air passer.

Sarah tente de se débattre mais rien n’y fait, ce gars est saoule et les muscles frêlent de Sarah ne viennent pas à la cheville des siens. Elle pousse des petits cris étranglés cherchant l’aide d’autrui. Autour de moi, certains appellent la police tandis que d’autres, effrayés, s’éclipsent pour ne pas être témoins de cette horrible scène.

Je m’approche de Sarah, les mains tremblantes, je suis sur le point de la perdre. Il y a quelques secondes, je m’amusais avec elle. Pourquoi nous sommes-nous retrouvées dans cette situation ?

Soudain, les yeux de l’homme change de couleur, ils deviennent aussi rouge que le sang. Une créature ?! Si cet homme est si agressif c’est qu’elle a pris possession de son corps il n’y a pas longtemps. Il n’y a qu’une espèce qui puisse faire ce genre de chose. Les démons.

Mon amie me lance un regard effrayé, me suppliant de l’aider. Je sers les poings, il m’est interdit de sauver une humaine. Sauf que Sarah est mon amie la plus proche. Elle va mourir si je ne fais rien et le temps que la police vienne, il sera sans doute trop tard.

— Les ténèbres sont aussi noirs que l’ébène. Tu ne peux pas t’échapper, tu es prisonnière de ce labyrinthe. Ce pouvoir est en toi quoi que tu fasses, murmure une petite voix dans ma tête.

Je ferme les yeux et invoque une démone. Même s’il s’agit d’une interdiction, j’ai des principes qui vont à l’encontre de ce que je suis en train de voir maintenant.

Une petite boule rouge se forme devant moi et avant qu’une lumière de la même couleur aveugle toute la boîte faisant fuir toutes les personnes encore présentes. Lilith a répondu à mon appel. Me tournant le dos avec des ailes noirs, Lilith se retourne vers moi.

— Bon sang Jennie ! Combien de fois t’ai-je dis de ne plus m’appeler. J’étais occupée si tu veux savoir. Enfin si ça t’intéresse parce qu’à part ta petite personne, rien d’autre...

— Lilith parlons-en plus, je la coupe. Occupe-toi de cet homme.

Je fixe intensément ce dernier qui tente toujours de tuer mon amie. Lilith reste à sa place, sans bouger.

— C’est un ordre Lilith ! j’hurle à plein poumon.

— Je ne Je ne peux pas sauver d'humain, ça va à l'encontre de mes principes.

— Je te demande d'arrêter ce démon. Lilith.

Je la regarde droit dans les yeux et elle finit par hocher la tête. Les démons n'ont pas le droit de sauver la vie des humains, ce ne sont pas à eux de le faire, les anges sont là pour ça. Les démons quant à eux les mettent en danger et les dévient du droit chemin. Ainsi est l'ordre des choses.

Ses cheveux auburn virevoltent lorsque d'un battement d'aile, elle se retrouve à côté du démon prête à lui arracher le cœur. Un hurlement perçant s'échappe de la bouche de l'homme avant de disparaître.

Sarah s'effondre au sol. Au même moment, la police entre dans la boîte de nuit.

— Il faut tout de suite partir Jennie, déclare Lilith.

— Non, je ne peux pas laisser Sarah dans cet état, dis-je en m'agenouillant devant elle.

— On ne peut plus rien faire pour elle. Elle est morte.

Ne me laissant pas le temps de m'exprimer, Lilith me porte dans ses bras et d'un battement d'aile me transporte à l'extérieur.

Je ne peux pas le croire. Sarah... Ce n'est pas vrai. Elle ne peut pas être morte. C'est impossible. Elle respirait encore la joie de vivre il y a quelques minutes. Comment est-ce arrivée ? Pourquoi n'ai-je pas réagi plus tôt ? J'aurais pu le terrasser sans l'aide de Lilith alors pourquoi ne l'ai-je pas fait plus tôt !

Aucune larme ne coule le long de mes joues. J'ai perdu tellement d'être chère que je ne suis plus affectée par la mort. Je suis devenue un monstre.

— Une autre personne vient de me quitter. Je suis maudite.

— Non, tu es juste toi Jennie.

— À force d'être au côté du mal, je suis en train de devenir comme vous tous. Je suis en train de devenir un monstre. Je ne ressens même plus la tristesse !

— Jennie, tu es comme nous, rien ne nous différencie. Tu as seulement grandi sur la terre tandis que nous avons vécu en Enfer, déclare Lilith en me posant en sol.

La sirène des secours me déchire les tympans. Je me trouve de l'autre côté du club, assise contre le mur laissant la pluie me rafraîchir. Je balaye les environs du regard. Ça ne peut pas être vrai...

— Quelqu'un arrive, murmure Lilith avant de disparaître.

Un homme portant un costume sort d'une voiture noir. D'un air déterminé, il vient se planter devant moi. Je me relève avec peine en essayant de me caler contre le mur.

— Suis-moi.

— Ne me prenez pas pour une idiote. Je ne suis pas les gens aveuglément.

Il m'attrape par le bras et me force à monter dans la voiture.

— Vous ne savez pas à qui vous avez affaire !

— Bien sûr que nous le savons​, répondit-il avec un sourire au coin de la bouche.