Bonjour, voici un extrait de la fiche d'un de mes personnages de RPG, Chris Rowell, un petit gars passionné par les étoiles et drogué par la vie, bonne lecture !

Je ne sais pas d'où vient mon attraction pour les étoiles. J'ai beau contempler sous tous les aspects ces éclats de lumière passées, je n'y ai jamais vraiment songé. C'est peut-être parce qu'elles sont le reflet du passé. Ouais, c'est surement pour ça qu'elles me sont si chères. Elles me ressemblent. Comme elles, je suis le résultat d'événements antérieurs, et pourtant je continue d'exister. Je fais aussi un peu semblant, à l'identique. Quand je les vois, comme ce soir, je ne peux pas m'empêcher de repenser à vous. C'est comme si je ne m'appartenais pas. Je suis la marionnette de mes fils, de mes liens, de mes putains de rencontres qui m'ont bouleversé. Je sais que je m'emporte trop vite, maman n'arrête pas de me le répéter, mais je ne peux pas faire autrement. J'en ai pas envie non plus. Je suis drogué à vous, et j'arrive plus à m'en passer. Je vous aime trop, plus que moi-même. C'est un peu dangereux comme jeu, presque qu'addictif, mais c'est pareil que les planètes et le soleil. Elles ne peuvent pas ne pas tourner autour de cette boule de feu. Espérons juste qu'elles crament pas en cours de chemin.
On les regardait souvent ensemble, les étoiles. En fait, je les regardais avec tout le monde, mais ce n'était pas pareil avec toi. J'étais vautré sur toi et t'avais beau essayer de me repousser, au final je revenais et tu me laissais faire. Je ne te l'ai jamais dit, mais c'était pour moi la preuve de ton affection à mon égard. Si tu me permettais un contact, alors c'est que j'étais un minimum important pour toi. J'étais gosse, et tu sais qu'à cet âge là, on part rapidement dans des idées pas croyables. Je t'aimais MJ, comme j'aime le reste du monde. Mais quand je regarde en arrière et que je vois ce qu'on est devenu, ça me fout la gerbe. Je comprends pas pourquoi on a grandi. Pourquoi on s'est éloignés. La distance, c'est que de la connerie. J'avais la volonté, je l'ai toujours et je continuerai de l'avoir, parce que c'est toi. Alors pourquoi est-ce que je continue d'attendre une nouvelle lettre de ta part ? Je flippe de t'écrire de nouveau. Quand j'attrape le stylo, ma main tremble comme une feuille, et j'arrive pas à m'arrêter. Je repense à ta dernière lettre et c'est souvent à ce moment là que ma vision se trouble. Je suis sûrement trop sensible, au final, toi et moi, ça n'a pas duré des années. C'était l'histoire de quoi ? Six mois ? Un peu plus, un peu moins ? Ouais, c'était peut-être court nous deux, mais j’oublierai jamais ce temps passé avec toi. C'était du bonheur innocent, une amitié pure, un truc de fou. Certes, j'ai peut-être des regrets aujourd'hui en ce qui nous concerne, mais jamais je ne pourrai regretter ce qu'on a vécu. Tu te souviens de notre rencontre ? Je crois que c'est l'un de mes passages préférés. J'ai jamais su pourquoi tu étais tout seul dans ce parc, cette nuit-là, mais moi j'y étais pour voir les étoiles. En fait, tu vois, on était juste poussés à se rencontrer sur cette étendue d'herbe. C'était le destin. Je t'ai aperçu et, muni de mon bonnet rouge descendant sur mes oreilles, je suis allé te voir sans me poser plus de questions. Quand je repense à ce que je t'ai dit, je peux pas m'empêcher de sourire. Toi aussi, tu as connu une de mes présentations tordues. Bonjour, je m'appelle Christopher, ai-je dit. Mais j'ai trouvé ça trop simple, beaucoup trop fade, alors j'ai continué. Enfin, tu peux m'appeler Chris, machin truc ou ce qui te plait, ça ne me dérange pas. Tu t'appelles comment toi ? Oh, et, tu trouves pas que les étoiles brillent fort ce soir ? C'est probablement parce que la lune est presque pleine. Elles essayent de la surpasser. Je trouve ça beau, comme spectacle, pas toi ? Mais peut-être que tu aimes pas la nuit, tu as le droit. J'aime beaucoup tes cheveux aussi, longs comme ça, tu fais comment pour que ça tienne ? J'ai su que tu étais quelqu'un de bien quand tu m'as offert un petit sourire, sincère, pas moqueur. Ça m'a fait plaisir de ne pas me faire rembarrer, pour une fois. Pourtant, tu aurais pu. On se connaissait même pas. Mais non, je t'ai pas fait peur, et tu n'as pas hésité à m'accorder ton amitié. Je le dirai jamais assez, mais merci pour ça, MJ.
Pourtant, tout s'est envoyé en l'air quand j'ai déménagé. On s'était promis de se revoir, on l'avait juré, avec nos salives, tu te souviens ? On ne pouvait pas trahir cette promesse, pas celle-là. Alors en attendant que ce jour arrive, on a décidé de s'écrire. Des dizaines et des dizaines de lettres. Je les ai toutes comptées, je te jure. Deux cent quatre-vingt sept. Au début, on s'écrivait tout le temps. Dès que j'avais un trou, je me précipitais à mon bureau pour te répondre. Tous les matins j'attendais le facteur devant la boite aux lettres de l'immeuble. Puis, sans que je comprenne vraiment comment et pourquoi, les messages se sont espacés. A l'aube, le facteur me regardait avec une expression désolée, sans pouvoir m'offrir de quoi me satisfaire. J'en ai souffert, de ce manque. Parce ouais, c'était plus qu'une amitié lambda, nous deux. C'était pas magique, c'était fort. Simple et bon. Je ne pouvais pas m'imaginer vivre sans communiquer avec toi. Alors j'ai commencé à paniquer, loin de toi dans cette grande ville. Je me suis inquiété pour toi. Je t'ai bombardé de questions dans mes lettres, te demandant ce qui n'allait pas, pourquoi je te sentais si distant. Je voulais vraiment pas te perdre. L'idée même que tu puisses me filer entre les doigts me répugnait. Ça ne pouvait tout simplement pas se finir ainsi, entre nous deux.
Puis j'ai reçu ta dernière lettre.
J'en ai chialé des jours. J'ai eu beau la relire des milliers de fois, je n'ai pas trouvé un brin d'espoir. Un petit détail qui me prouve que tu pensais le contraire de ce que tu écrivais. Pas un seul qui me dise Je tiens encore à toi, Chris, attends-moi. Notre correspondance a à peine duré cinq ans, et j'en suis l'unique fautif. Parfois, je me demande ce qu'il se serait passé si j'avais trouvé le courage d'écrire cette putain de deux cent quatre-vingt huitième lettre. Est-ce qu'on serait en contact ? Est-ce que l'espoir de te revoir serait toujours présent ? Honnêtement, si cette situation devait arriver, je ne sais pas comment je réagirais. Souvent je m'imagine la scène. Je te retrouverais dans un autre parc, à la mémoire de notre rencontre. A ma vue, tu hésiterais toi aussi sur le comportement à adopter. Et enfin je me jetterais dans tes bras, je te sourirais et je t'embrasserais, parce que c'est tout ce qui compte. Toi et moi réunis, ensemble. Mais non. Toutes ces pensées ne sont qu'une utopie. Je suis encore aujourd'hui avec ma main flageolante à écrire et réécrire un nombre incalculable de fois des brouillons de lettre que je ne t'enverrai jamais.
MJ, tu me manques.

-Etoile n°2-

Merci d'avoir lu, bisous.

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