Elle était villageoise, vivait au beau milieu de nule part, dans une maison toute en bois entre les montagnes les plus rocheuses. Elle souffrait de bipolarité, mais ceci ne la dérangeait point. Ce qui la troublait le plus, était le manque terrible de confiance en elle; elle se sentait grosse et moche alors qu'elle était toute belle avec de magnifiques rondeurs qui rendaient son visage encore plus radieux. Elle saignait de tendresse, excessivement gentille, elle le vivait mal, très mal. Se sentant toujours à l'écart si elle ne faisait pas assez pour plaîre aux gens, elle a souventes fois essayé de se donner la mort, mais sans succès. C'était pour elle encore une fois, un échec, mais aussi une victoire d'avoir échappé à la mort.

N'ayant pas de companie si crédible, se sentant inlassablement dérangeante et indésirée aux yeux de ses proches, elle passait ses matinées à se regarder dans le miroir de la salle de bain et à se parler.

- Encore une journée à ne pas savoir où mettre les pieds !

- ça sera une journée courte et longue comme on a l'habitude d'en vivre.

- J'ignonre pour quelle raison, mais je sens que celle-ci me cache quelque chose, comme si toutes ces petites choses dont je rêvais depuis mon enfances vont se réaliser, ou du moins, me montrer un bout de leur joli plumage doré.

- Comme si tu n'étais pas toujours enfant !

- Mais, mais j'ai dix-sept ans et demi moi ! Je vais bientôt devenir majeur !

- Les majeurs, n'ont jamais eu le droit de rêver.

- Regarde tous ces grains de beauté sur mes joues ne sont-ils pas si beaux ?

- Beaux, peut-être, mais interessants, non je ne le trouve pas.

- Et mon nez alors ? Regarde-moi cette jolie courbe qui fait de lui un atout !

- Un atout tu dis ? Haha ! Laisse-moi donc rire.

- Et ma bouche, mes lèvres si bien tracées ? ça devrait sûrement plaîre !

- Tu rigoles ! Moi-même je trouve celà insignifiant.

Elle arrêta donc de se voir dans ce "fichu miroir" comme elle le décrivait très souvent, et se dirige vers la fenêtre de sa chambre.

- Regarde-moi ce ciel tout bleu et ce soleil iluminant les valées. N'est-il pas signe de bonheur ?

- Peut-être ton bonheur naîtra un jour, ou peut-être même qu'il soit déjà né sans que tu t'en rendes compte. Hélas, cette naissance n'est point souhaitée ainsi, car ton bonheur fut avorté.

- Avorté ? Mais pourquoi donc ?

- Ton bonheur saigne d'innocence, et les buveurs de sang s'en sont accapré.

Soudain, elle vit une fille méconnue passer dans la rue.

- ça doit sûrement être une invitée, regarde cette démarche si médiocre. Une villageoise ne marchera jamais comme ça !

- La tienne n'en est pas si distincte pourtant ...

Cette passagère était toute fine et raffinée.

- J'ai la même corpulence qu'elle, n'est-ce pas ?

- T'as qu'à aller voir tes grosses cuisses de vache au miroir pour le savoir.

Elle se retourna donc vers le miroir qui était juste derrière elle, face à cette terrible fenêtre qu'elle aimait tant.

- Oh... Mais pourquoi suis-je si moche et frivole ? Ma vie, m'est-elle donnée pour que je la rende si inconssistante? Pourquoi donc ? Pourquoi ... ?

Elle tomba à genoux. Dos au miroir. Visage sur le matelas.

Elle ne s'aimait point. On ne l'aimait guère. Voilà comment elle voyait les choses.

Elle n'essaya pas de se donner la mort cette fois-ci.

Les pots de perles qu'elle a versés lui ont suffisamment déformé l’œil.